L’abandon des commandes australiennes de sous-marins est-il une catastrophe industrielle pour Naval Group ?

Jean-Pierre Maulny : Cette affaire n’a rien d’anodin. Ces contrats représentaient environ 1.000 emplois, dont environ 650 à Cherbourg et 350 en Australie. L’impact sur les fournisseurs est dur à estimer puisque l’on n’en était qu’aux phases d’études. Mais ce n’est pas dramatique pour un groupe qui compte près de 1.6000 personnes. Les effectifs concernés par le programme australien étaient surtout composés d’ingénieurs qui pourront être réaffectés à d’autres programmes. En particulier au sous-marin nucléaire lanceur d’engins de troisième génération dont les premières études devraient être lancées bientôt.

A long terme, c’est bien sûr gênant de perdre des commandes qui allaient courir sur une trentaine d’années et représenter 10% de l’activité de l’entreprise. Mais le pronostic vital de Naval Group n’est en aucun cas engagé. Depuis, le contrat pour la vente de frégates multimissions (Fremm) à la Grèce a été signé. On parle de 3 milliards d’euros, ce qui compense largement la perte australienne.

Il s’agit avant tout d’un revers stratégique pour notre pays ?

La France fait surtout face à une rupture stratégique avec ses alliés. Le seul reproche que l’on peut lui faire, c’est de ne pas l’avoir anticipée. Au-delà de la perte du contrat des sous-marins, les Australiens ont signé avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni un vrai pacte de défense, appelé Aukus. Nous avons été tenus à l’écart de ces négociations et l’on peut donc parler de trahison de la part de nos alliés, notamment des Américains. On vient quand même d’assister à la création d’une sorte d’Otan bis dans le Pacifique. Cette affaire ne concerne pas que les Français, les autres Européens n’ont pas non plus été prévenus.

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