Alors que le Parlement n'en finit plus de se déchirer autour du budget, que le RN et LFI brandissent les menaces de censure, que le Premier ministre agite déjà l'éventualité de législatives anticipées et que la question des ordonnances est désormais sur la table des débats, BFMTV a tendu le micro à François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France. Si, rappelle-t-il ce 14 janvier, l'institution est apolitique et se gardera de dire aux députés et sénateurs «comment travailler», celui-ci tient cependant à apporter son point de vue sur la situation budgétaire du pays. Et elle n'est pas reluisante.

D'abord, un état des lieux en peu de mots : «Notre déficit à l'heure actuelle est probablement à 5,4% du PIB». Et selon François Villeroy de Galhau, «il faut qu'on arrive à 3% d'ici à 2029». Ambitieux, peut-être, au vu de la cacophonie ambiante, mais souhaitable : «Cela fait partie de nos engagements européens, rappelle-t-il, et c'est surtout le seuil qui nous permettra enfin de stabiliser le poids de la dette». Pour parvenir à cette échéance, il est indispensable que le déficit baisse en 2026. Or, «on n'a pas encore de budget. Et tant qu'on n'a pas de budget, on n'a pas de réduction du déficit».

«La confiance des investisseurs internationaux a diminué depuis la dissolution»

Pour le gouverneur de la Banque de France, rien n'est impossible : «Il me paraît indispensable et atteignable que le déficit en 2026 soit au maximum de 5%». Autrement, les conséquences ne se feront pas attendre, prévient-il : «Avec un déficit supérieur à 5%, la France se mettrait dans la zone rouge, dans la zone de danger par rapport aux prêteurs internationaux, aux marchés financiers». Depuis la dissolution de l'Assemblée nationale en juin 2024, la confiance des investisseurs a diminué, souligne François Villeroy de Galhau. «Il peut y avoir, au delà de 5% de déficit, un enchaînement négatif : l'Europe qui reprend des procédures de sanction contre la France, des agences de notation qui nous dégradent à nouveau, et des investisseurs internationaux qui peuvent repartir vite. Ne prenons pas ce risque».

Et de revenir sur la notion d'«étouffement budgétaire» qu'il avait mise en avant quelques jours auparavant : la France trouvera toujours des prêteurs et «ne fera pas faillite», mais à quel prix ? «Nous risquons d'emprunter de plus en plus cher et payer de plus en plus d'intérêts de la dette». Sans oublier les conséquences «pour tous les acteurs économiques du pays : les entreprises qui ont des crédits pour investir et les ménages qui ont des crédits immobiliers Un cercle vicieux qu'il encourage vivement à rompre.