Récupérer d’anciennes tombes, les recycler et les revendre à prix cassé ? A première vue, ce genre de business pourrait interpeller. Mais c’est pourtant ce qui se fait dans la petite commune de Boé, dans le Lot-et-Garonne, explique La Dépêche. De là à créer la polémique ? Alors que va sortir le 17 octobre un livre-choc sur les dérives du business de la mort, Les Charognards, pompes funèbres, enquête sur le business de la mort, l’initiative de la commune se veut plus sociale, met en avant l’équipe municipale. Le directeur général des services de la ville (DGS) rappelle que de nombreuses concessions en France sont d’une durée limitée.

Qu’elles soient achetées ou louées, leur durée oscille souvent entre 30 et 50 ans. «Beaucoup pensent que les concessions sont éternelles. Ce n’est pas le cas.» rappelle-t-il. Les collectivités peuvent ensuite reprendre ces monuments funéraires une fois le délai dépassé, mais à Boé, on n’a rien laissé au hasard pour éviter de froisser les familles. «Une enquête est menée avec avis sur la tombe, lettres recommandées, recherche d’héritiers», souligne le directeur général des services, qui assure «tout faire pour retrouver une trace de la famille».

Des caveaux à 10 000 euros proposés gratuitement

Ensuite, quand toutes les recherches ont été menées et que personne ne s’est signalé, la municipalité procède à la remise en état de la tombe. Quant aux restes des défunts, ils sont placés dans un ossuaire. Alors que certaines tombes se caractérisent par leurs ornements ou les matériaux utilisés, la ville de Boé a choisi de leur donner une seconde vie plutôt que de les détruire. En recyclant les tombes, le maire, Pascal Luguet, assure vouloir «rétablir une forme de justice sociale devant la mort».

Il cite l’exemple d’un caveau pour quatre personnes «qui coûte normalement entre 10 000 et 12 000 euros». Inabordable pour certaines familles, il peut être mis gratuitement à disposition à des foyers ayant un quotient familial inférieur à 800 euros. Et pour les autres, la facture ne dépassera pas les 1 000 euros, auxquels il faut ajouter les coûts de concession, «évalués entre 650 et 850 euros» selon la durée choisie.

Lors de la remise en état des monuments funéraires, tous les signes distinctifs ou personnels sont enlevés, «on veille à ce que l’ensemble reste digne et cohérent», insiste le directeur général des services. En outre, les nouvelles tombes ne peuvent pas quitter la commune. A ce jour, une quinzaine de concessions sont concernées par ce dispositif, mais la mairie se défend de vouloir «faire du chiffre». Le maire qui assure vouloir «répondre à un vrai besoin avec humanité», indique que deux familles sont déjà intéressées.