A deux jours d’une rencontre entre les chefs d'Etat et de gouvernement à Bruxelles, Emmanuel Macron lance un appel à l’unité et au sursaut pour éviter d’être «balayés». Dans un entretien accordé à plusieurs journaux européens, dont Le Monde, le chef de l’Etat plaide pour le lancement d’une «capacité commune d’endettement, à travers des eurobonds». Afin que l’Europe se réveille face à des «concurrents déloyaux», Emmanuel Macron insiste sur la nécessité de mobiliser l’épargne de l’Europe dans des industries clés via une dette commune.

Ces industries ? L’intelligence artificielle, le quantique et la transition écologique. Pour le président français, ce nouvel outil permettrait de «s’attaquer à l’hégémonie du dollar». Autant de «batailles à mener», également dans la sécurité ou la défense, qui nécessitent «quelque 1 200 milliards d’euros par an». Appelant à la «préférence européenne» sur de nombreux secteurs stratégiques, le chef de l’Etat ne veut en aucun cas «mutualiser la dette passée». Mais cette dette commune doit permettre de rivaliser, car «notre Europe est face à un défi immense, dans un monde en désordre», met-il en avant.

Emmanuel Macron veut protéger l’industrie européenne

S’il considère que «la mue conceptuelle» s’est faite, l'Europe «n'est pas au bon rythme et n'est pas à la bonne échelle», ajoute-t-il. Le président français décrit l’Europe comme fragilisée face aux Etats-Unis menaçants, à une concurrence accrue émanant de Chine et à une tension énergétique liée à la guerre en Ukraine. Dans cet entretien accordé au Monde, il poursuit en estimant que la situation de l'UE s'est «profondément aggravée» depuis le rapport de Mario Draghi en 2024 sur la Chine.

Mario Draghi, justement, évaluait à 800 milliards d’euros par an les besoins dans le numérique ou la transition écologique. Où trouver les fonds nécessaires pour rivaliser ? Dans les «30 000 milliards d'euros» de l’épargne sous-utilisée et dans les «300 milliards d'euros» qui financent chaque année les entreprises américaines. D’ailleurs, Emmanuel Macron rappelle «l’Europe est le marché le plus ouvert du monde» contrairement aux Américains et aux Chinois qui protègent leur industrie.

Le traité Mercosur «est un mauvais accord»

S’il ne plaide pas en faveur du «protectionnisme», il souhaite de la cohérence, «c’est-à-dire de ne pas imposer à nos producteurs des règles qu’on n’impose pas aux importateurs non européens». Emmanuel Macron a enfin martelé que le traité UE-Mercosur était «un mauvais accord» : «C’est un vieil accord, mal négocié. Quoi qu’il en soit, le Mercosur n’aura ni l’impact dramatique sur notre agriculture que certains redoutent ni l’impact positif sur notre croissance que d’autres imaginent.»