
Les cours de l’or noir sont incertains depuis que les Etats-Unis ont bombardé plusieurs sites nucléaires iraniens dans la nuit de samedi à dimanche 22 juin. Lundi, le cours du pétrole est rapidement repassé dans le rouge après une envolée enregistrée dans la nuit. Dans la matinée, le prix du baril de Brent, la référence mondiale du pétrole, a gagné 0,39% à 77,31 dollars après avoir bondi de 5,7% (81,40 dollars le baril) en début d’échange. Depuis, le marché s’est calmé.
En effet, l’hypothèse d’un blocage par Téhéran du détroit d’Ormuz, où transite un cinquième du pétrole mondial, s’est peu à peu écartée. Plus de 20 millions de barils bruts circulent chaque jour dans ce détroit de 50 kilomètres de large et de 60 mètres de profondeur. La majorité de la marchandise qui passe par Ormuz est destinée au marché asiatique. Son éventuelle fermeture constituerait un «cauchemar absolu», qui ferait exploser les prix, selon Arne Lohmann Rasmussen, analyste de Global Risk Management, interrogé par l’AFP. Pour le moment, le trafic dans le détroit n’est pas perturbé : «Les images satellites suggèrent que le pétrole continue de circuler», ce qui explique «la réaction modérée» du marché, analyse Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote Bank, rapporte l’AFP.
Mais la possibilité de blocage de ce détroit a alarmé de nombreux pays. Lundi, le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, a mis en garde l’Iran contre la tentation de fermer ce détroit, une idée qui serait «un suicide économique» pour Téhéran selon lui. Le président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre irakien Mohamed Chia al-Soudani, dont les pays sont d'importants producteurs de pétrole, ont «exprimé leur préoccupation» quant aux «risques pour les marchés de l'énergie» liés à la guerre entre l'Iran et Israël. En Europe, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, a déclaré qu’une fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran «serait extrêmement dangereuse». Elle a ajouté que l'Union européenne appelait à une solution diplomatique et à la désescalade.
Un impact «très limité» sur les prix à la pompe
En attendant, le secteur du pétrole se montre rassurant quant à l’évolution des prix de l’essence. Lundi, Olivier Gantois, à la tête de l’Union française des industries pétrolières, a indiqué sur RMC que les frappes américaines contre les sites nucléaires iraniens n'auront qu’un impact «très limité» sur les prix à la pompe, «cette semaine» mais aussi «jusqu’à l’été».
«Je ne suis pas inquiet parce que ça fait des années qu'on constate qu'aucune des puissances de la région, ni l'Arabie saoudite, ni même d'ailleurs ailleurs les États-Unis, la Chine, la Russie, ne souhaitent que les conflits dégénèrent en conflit pétrolier», a expliqué l’expert. «Les marchés pétroliers ne croient pas dans un problème d'approvisionnement», a indiqué Olivier Gantois, selon les remontées dont il dispose. «Je pense que le blocage n'aura pas lieu, personne ne le souhaite, aucune des grandes puissances de la région ne le souhaite», a-t-il ajouté.
Un blocus du détroit d’Ormuz «très improbable»
D’autres acteurs du secteur montrent des craintes modérées. Ormuz est «hautement surveillé d’un point de vue mondial», notamment par la marine américaine, relève Ole Hvalbye, analyste de SEB, contacté par l’AFP. «Un véritable blocus pendant des semaines est très improbable.» Cet analyste n’exclut cependant pas des attaques ciblées sur des compagnies maritimes occidentales de la part de «petites embarcations avec des armes, par des mines» ou des missiles.
Souvent brandie par l’Iran, la menace d’un blocage de ce détroit n’a jamais été mise à exécution. Certains investisseurs «pensent que l’Iran évitera de riposter pleinement et de provoquer un chaos régional afin de protéger ses propres installations pétrolières», qui pourraient devenir des cibles, selon Ipek Ozkardeskaya. Une escalade nuirait en outre à la Chine, principal client du pétrole de l’Iran, neuvième producteur au monde avec 3,3 millions de barils par jour.
Si malgré tout les prix devaient augmenter, ces hausses finiraient par se lisser avec la «libération des réserves stratégiques, en particulier aux États-Unis et en Chine», remarque Ole Hansen, analyste de Saxo Bank. Il note aussi qu'«une réorientation d’une partie des exportations de pétrole brut de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis» pourrait avoir lieu «via des pipelines vers des installations situées à l’extérieur du détroit».
Lundi, face au spectre d'une augmentation des prix du pétrole, Donald Trump a déclaré dans un message posté sur sa plateforme Truth Social, qu’une hausse ferait «le jeu de l’ennemi». «Tout le monde, gardez les prix du pétrole bas. Je surveille ! Vous jouez le jeu de l’ennemi. Ne le faites pas !», a écrit le président américain.



















