Le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, a accordé le 20 juin au Parisien un entretien fleuve dans lequel il commente l'actualité géopolitique, marquée par la guerre lancée par Israël contre l'Iran. Vendredi, Rafael Gross, patron de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a prévenu qu'une attaque directe contre la centrale de Bouchehr, dans le sud de l'Iran, «provoquerait un très haut niveau de radioactivité dans l’environnement». Pour l'heure, a-t-il ajouté, les attaques israéliennes contre les infrastructures nucléaires iraniennes n’ont pas provoqué de rejet de radiations affectant le public.

C'est dans ce contexte que Sébastien Lecornu a affirmé que les services de renseignement français sont en mesure de «certifier que l’Iran dispose bien des différentes pièces pour une bombe nucléaire». D'abord, précise-t-il, Téhéran possède de l'uranium. Enrichi entre 5 et 10%, il est utilisé «pour un réacteur nucléaire civil». Mais l’Iran «détient un stock important d’uranium enrichi à 60 %, ce qui n’a pas d’usage civil. 60 %, ça ne suffit pas pour faire une tête nucléaire. Mais ce stock, une fois réenrichi à 90 % et passé de l’état gazeux à l’état métallique, permettrait de fabriquer près de dix bombes» détaille le ministre.

Le ministre pointe le risque de «dissémination des stocks d'uranium enrichi»

Deuxième élément dont dispose l'Iran : les missiles. Fort de toutes ces pièces, «le régime iranien pourrait pousser en quelques jours l’enrichissement à 90 % s’il le décidait» poursuit Sébastien Lecornu. Pour autant, ce dernier tient à rassurer : si «les frappes sur les sites d’enrichissement ou de stockage présentent des risques de contamination très localisés», il écarte en revanche tout risque de «champignon nucléaire». Mais il existe «un risque de dissémination des stocks d’uranium enrichi. Si un chaos s’installait dans la région, ils pourraient être éparpillés sur d’autres sites, sans qu’on puisse les tracer. Imaginez que des milices ou des terroristes mettent, demain, la main sur ces stocks !»

La France demande à Israël de «clarifier les objectifs de sa guerre avec l’Iran et aux deux parties de cesser l’escalade, pour que la situation ne s’embourbe pas complètement. Le drame de Gaza devrait les faire réfléchir». D'autant que, contrairement aux discours ambiants, «penser qu’une bombe miracle, même la GBU-57 américaine, capable de percer en profondeur les sites enfouis, réglerait le problème, est une pure illusion» estime le ministre, «cela ne suffira pas à éliminer la menace. Et avec les frappes de Tsahal sur les infrastructures énergétiques, sur un certain nombre d’institutions, sur les médias iraniens, on s’éloigne du programme nucléaire en tant que tel…»

La France appelle à des négociations

Redoutant «l'enlisement» et une guerre «qui pourrait faire basculer tout le Moyen-Orient dans le chaos», Sébastien Lecornu réaffirme la nécessité de négociations... et des efforts en matière de défense. Comprendre : des efforts financiers. Or, sur ce point précis, s'il avance «3,5 % du PIB, avec un système allant jusqu’à 5 % pour y incorporer des dépenses militaires indirectes, par exemple des ports, des aéroports», le ministre ne précise pas où et comment trouver cet argent, éludant la question formulée en ce sens par Le Parisien. Pour rappel, le gouvernement est à la recherche de 40 milliards d'euros d'économie dans le cadre du Budget 2026.