Retour vers le futur… c’est, depuis peu, le film que se repassent dans leur tête la plupart des économistes. Suite à l’invasion de l’Ukraine par les forces russes, le baril d’or noir a en effet bondi jusqu’à 128 dollars, tandis que, sous l’effet de cette flambée, les perspectives de croissance s’assombrissent un peu partout sur le continent. Eh bien, voilà qui rappelle furieusement le tout premier choc pétrolier, il y a presque… cinquante ans! Un curieux mot-valise avait alors été créé pour qualifier ce mélange détonant d’inflation et de croissance économique atone: la stagflation.

A l’époque, pour lutter contre la hausse de la facture énergétique, tout un bric-à-brac anti-gaspi avait par ailleurs été inventé : limitation de la vitesse sur autoroute, interdiction de la publicité lumineuse, ou fin des émissions télé à 23 heures… "L’heure d’été avait constitué une des mesures d’économie les plus emblématiques, et elle est d’ailleurs toujours en vigueur, retrace Aurélien Goutsmedt, historien de l’économie à l’Université catholique de Louvain (Belgique).

Dans certains pays, on a été jusqu’à interdire la circulation en voiture le dimanche, ou à diminuer de cinq à quatre jours la semaine de travail." De façon moins anecdotique, cette stagflation avait surtout signé la fin des Trente Glorieuses. Aux Etats-Unis, la croissance s’était effondrée, de +5,6% en 1973 à -0,5% en 1974, tandis qu’en Europe elle était passée de +6% à -0,6%. En France, la dette de l’Etat avait alors commencé sa folle envolée, en grimpant de 8,1 à 13,8% du PIB entre 1974 et 1979. Et l’ère du chômage de masse avait débuté, avec un taux passé de 3,3 à 8,7% entre 1975 et 1987.

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