
La guerre en Ukraine, un laboratoire à ciel ouvert pour l'industrie de défense, met en lumière une réalité dérangeante pour l'Europe. Plus de quatre ans après l'invasion russe, le continent peine à adapter son appareil productif face aux exigences d'un conflit de haute intensité. Un constat cinglant dressé par Andrius Kubilius, commissaire européen à la Défense, qui pointe du doigt une Europe obnubilée par des armements «technologiquement très sophistiqués, très avancés, très chers, mais impossibles à industrialiser». Des «armes de haute couture» qui contrastent avec l'approche pragmatique de Kiev, rapporte BFM TV.
Le contraste est frappant : l'Ukraine démontre une capacité d'adaptation industrielle impressionnante. «Les Ukrainiens ont commencé à produire leur propre missile de croisière Flamingo et sont prêts cette année à en produire environ 700», affirme Andrius Kubilius ce mercredi 27 mai dans le Financial Times. Un chiffre qui place Kiev devant la production combinée de l'ensemble des pays européens dans ce domaine. Cette accélération n'est pas un hasard : l'Ukraine intensifie ses frappes en profondeur sur le territoire russe, s'appuyant sur des drones et des missiles de longue portée comme le Flamingo et le Neptune, issus de son industrie locale.
La «guerre d'attrition» redéfinit les besoins
L'un des enseignements majeurs de ce conflit est l'efficacité des armes et munitions à faible coût, utilisées massivement pour saturer les défenses adverses. Face à cette «guerre d'attrition», la Russie utilise des drones Shahed iraniens et leur version russe Gueran-2, tandis que l'Ukraine produit plusieurs centaines de milliers de drones annuellement. Sur le front, la durée de vie d'une arme, même sophistiquée, est limitée. Dès lors, le développement d'armes «de haute couture» devient un luxe inopérant, supplanté par la nécessité de produire en grande quantité des équipements «suffisants».
Cette nouvelle logique de production de masse et de résilience industrielle peine à s'ancrer dans les esprits européens. «Les gouvernements devraient ouvrir leurs stocks pour fournir à l'Ukraine ce dont elle a besoin», insiste Andrius Kubilius. Pour le commissaire européen, «la seule formule qui puisse instaurer la paix est la paix par la force. La force doit venir du côté ukrainien et l'Europe peut y contribuer».
Un tournant pour la défense européenne
Depuis février 2022, nombreux sont les responsables politiques européens à appeler à une montée en puissance de l'industrie de défense. Une ambition politique souvent freinée par des logiques industrielles qui exigent davantage de commandes pour adapter leurs chaînes de production, soulignent nos confrères. Un prêt européen de 90 milliards d'euros à l'Ukraine, dont 60 milliards destinés à l'achat d'armes, pourrait changer la donne, bénéficiant en partie aux industriels du continent.
Cette aide, allouée par tranches jusqu'en 2027, est vitale pour Kiev, confrontée à l'épuisement financier et à la diminution du soutien américain. L'UE, qui a déjà mobilisé près de 200 milliards d'euros, réaffirme ainsi son engagement crucial, tentant de concilier impératifs géopolitiques et réalités industrielles.



















