
Le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte a une nouvelle fois appelé les industriels de la défense à produire plus, au moment où deux guerres majeures, au Moyen-Orient et en Ukraine, épuisent les stocks. «Soyez prêts !», a-t-il lancé ce jeudi 12 mars devant un parterre d'industriels de la défense, réunis à Bruxelles à l'occasion du Bedex, le premier salon de la Défense organisé en Belgique. «Travaillez plus vite, parce que nous avons besoin de résultats. Vous voyez à quelle vitesse nous pouvons épuiser nos stocks. Regardez le Moyen-Orient, regardez l'Ukraine», a-t-il martelé.
Depuis l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, les responsables politiques en Europe ne cessent de réclamer une montée en puissance de l'industrie de défense, jugée trop prudente dans ses investissements. Les industriels du secteur s'en défendent, et affirment de leur côté attendre les commandes pour produire davantage. «Chacun a raison, mais après, c'est un dialogue», a expliqué à l'AFP Emmanuel Levacher, le patron d'Arquus, constructeur français de véhicules militaires.
«Une énorme opportunité»
Et le climat est en train de changer, assure-t-il, «les commandes viennent», il en devrait plus, c'est vrai, mais «ça vient». «Des dizaines, des centaines de milliards d'euros et de dollars supplémentaires ont commencé à affluer», et «cela va s'accélérer au cours de l'année à venir», a assuré le secrétaire général de l'Otan. «Donc, pour vous, c'est une énorme opportunité», a-t-il lancé, après avoir rencontré certains d'entre eux, le long des allées de ce tout nouveau rendez-vous des professionnels de la guerre.
Plus de 200 entreprises, européennes mais aussi américaines, ont fait le déplacement. Skyfall, un des fleurons ukrainiens de l'industrie des drones, a présenté ses matériels, dont le P1-Sun, tout nouveau «tueur» de drones iraniens Shahed, que les Russes utilisent presque chaque jour contre les infrastructures et les villes ukrainiennes. «Il est récent, il n'a que quatre mois, mais il est déjà très bon», assure à l'AFP un porte-parole de Skyfall, qui préfère conserver l'anonymat.
L’Ukraine renforce sa défense aérienne
Et «c'est l'intercepteur de drone le moins cher sur le marché», ajoute-t-il. L'armée ukrainienne le paie quelque 1 000 dollars, mais il sera plus cher à l'exportation, assure-t-il. «Sera», car pour le moment, l'Ukraine interdit toute exportation, afin de conserver au maximum ses capacités de défense aérienne. Kiev revendique également avec insistance des systèmes plus puissants de défense aérienne pour se protéger des missiles balistiques russes. Mais, avec la guerre au Moyen-Orient, les Ukrainiens sont loin d'être les seuls.
Et pour répondre à la demande, il faut du temps, explique Jérôme Dufour, secrétaire général d'Eurosam, le consortium qui développe le système anti-missiles franco-italien Samp-T. Pour l'ensemble du système, il faut «36 mois», explique-t-il devant une maquette de son intercepteur nouvelle génération. L'Ukraine a signé il y a trois mois une lettre d'intentions pour en suivre un «certain» nombre, mais les négociations sont loin d'être terminées. Kiev dispose actuellement de deux systèmes donnés par la France et l'Italie, mais ne peut guère espérer en obtenir davantage.
Entre forte demande et contraintes bureaucratiques
Quant aux Patriot, les intercepteurs de conception américaine, ils vont se faire de plus en plus difficiles à trouver, en raison de la demande actuelle, a assuré M. Dufour. «Nous allons doubler notre capacité de production», assure M. Dufour, mais pour cela, il faut des commandes… Autre problème, selon le chef d'état-major des forces armées belges, le général Frederik Vansina : la bureaucratie. Et de citer, lors d'un débat en marge de ce salon, une remarque qu'une entreprise de défense lui a faite lors de la Conférence sur la sécurité à Munich le mois dernier.
«Nous avons construit deux versions de notre produit. Une version qui respecte toutes les réglementations de l'UE et une version qui fonctionne sur le champ de bataille», lui a confié cette entreprise, qu'il n'a pas voulu nommer. «Alors la question est : laquelle préférons-nous ? En tant que militaire, je sais laquelle je préfère», a conclu le général belge.



















