Qui n’a jamais rêvé de posséder les gadgets de James Bond ? Les lunettes espionnes ont été un fantasme – presque inavouable – pour beaucoup. Et désormais, elles existent. Ces lunettes dites «connectées», reliées à un smartphone ou capables, pour certains modèles, de fonctionner seules, elles permettent de prendre des photos, enregistrer des vidéos, traduire des conversations ou encore interroger un assistant conversationnel grâce à l’intelligence artificielle. Mais cette montée en puissance inquiète la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), qui vient d’annoncer dans un communiqué le lancement de travaux dédiés à ces appareils. Selon un sondage réalisé fin janvier 2026, 67% des Français considèrent ces lunettes comme une menace pour la vie privée.

L’autorité pointe d’abord leur discrétion. Contrairement à un smartphone, qu’il faut sortir et orienter pour filmer, les lunettes enregistrent potentiellement tout ce que regarde leur porteur. Or, elles ressemblent à des lunettes classiques, ce qui rend difficile pour les personnes autour de savoir si une captation est en cours. Les voyants lumineux censés signaler un enregistrement sont jugés insuffisants, voire contournables dans certains cas. La CNIL redoute ainsi une banalisation d’une «surveillance mobile» dans les rues, commerces, lieux de travail ou transports.

Une surveillance omniprésente qui inquiète

La CNIL estime aussi que ces équipements soulèvent des enjeux éthiques et sociétaux majeurs. Les dispositifs les plus récents, dopés à l’intelligence artificielle, peuvent activer automatiquement caméra et micro afin de décrire une scène ou traduire des échanges en temps réel. L’autorité s’inquiète notamment des détournements possibles liés à l’IA, comme les hypertrucages, ainsi que du devenir des données collectées. Des inquiétudes renforcées par des révélations sur des sous-traitants chargés d’analyser certaines vidéos pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle.

Le cadre légal existe pourtant déjà. L’article 9 du Code civil garantit le respect de la vie privée et l’article 226-1 du Code pénal prévoit jusqu’à un an de prison et 45 000 euros d’amende pour atteinte à l’intimité de la vie privée. En attendant ses futurs travaux avec ses homologues européens, la CNIL appelle les utilisateurs à adopter plusieurs réflexes : informer les personnes présentes lorsqu’ils utilisent leurs lunettes ; couper les fonctions de captation lorsqu’elles ne servent pas ; éviter ces appareils dans des lieux sensibles comme les vestiaires ou cabinets médicaux ; demander le consentement avant de publier une photo ou une vidéo sur les réseaux sociaux ; éteindre les lunettes connectées là où l'usage du smartphone est prohibé (comme dans une salle de cinéma) ; «Réfléchissez avant de partager : une publication, même anodine, peut avoir des effets durables pour les personnes», rappelle enfin l’autorité.