
A l’intérieur du vaste hangar coiffé de tôle ondulée, deux menuisiers s’affairent, outils en main, sur les futurs décors de "Tout pour la lumière", la nouvelle série quotidienne coproduite par TF1, Newen Studios et Netflix qui mettra en scène de jeunes talents de la danse et du chant. C’est ici, à deux pas du métro Gèze, que s’est installé à l'automne 2023 CinéMaBase dans les anciens entrepôts de l’entreprise de grillages Vermigli. Cet espace de 5000 mètres carrés, financé par le Centre national du cinéma et de l’image animée et la métropole Aix-Marseille-Provence, accueille les équipes, de la confection des costumes et des décors à la post-production. “Pour soutenir le développement de l’activité cinéma, il faut être en mesure d’offrir une telle plateforme logistique ”, souligne le patron des lieux, Guillaume Malavoy.
Deuxième destination des réalisateurs
Entamé le 3 mars dernier, le tournage de "Tout pour la lumière" se déroulera à La Ciotat et dans les studios de la Belle de Mai, à Marseille. Un de plus pour la ville, deuxième destination des réalisateurs après Paris, qui a vu passer l’an dernier les caméras de la série "Pax Massilia", de l’ex-policier Olivier Marchal et celles de "Chien 51" du réalisateur de "Bac Nord", Cédric Jimenez. Au total, la ville affiche quelque 1500 jours de prise de vues en 2024. Grâce, bien sûr, à ses lieux emblématiques, du Panier à L’Estaque, du vallon des Auffes au Vieux-Port, à la lumière sublime du ciel, aux flots turquoise de la Méditerranée. Grâce, aussi, aux 18 saisons du feuilleton "Plus belle la vie" (ou PBLV pour les initiés), démarré en 2004, interrompu en 2022 et reparti l’an dernier avec sa suite, Plus belle la vie, encore plus belle.
“Ces séries récurrentes, PBLV ou Tout pour la lumière, sont de gros moteurs à emplois. Et le développement des plateformes telles Netflix, Amazon Prime Video ou Disney Channel a boosté la production de contenus”, explique Delphine Camolli, déléguée générale de l’Association régionale des techniciens du Sud-Est, qui compte un millier d’adhérents dans la région, soit trois fois plus qu’il y a quatre ans, dont 700 environ rien qu’à Marseille. Indice qui ne trompe pas : tous les loueurs parisiens de matériels se sont ancrés dans la cité phocéenne.
"Un écosystème qui fonctionne bien"
“La filière cinéma s’était endormie depuis Fernandel et Renoir, mais PBLV l’a réveillée et, depuis, on a réussi à construire un écosystème qui fonctionne bien”, analyse le communiste Gaby Charroux, spécialiste de ce dossier et vice-président de la Métropole. Celle-ci a créé en 2021 le Fonds d’aide cinéma audiovisuel multimédia métropolitain pour “favoriser l’accueil de tournages à fort potentiel”. Objectif : “intégrer le top 5 des villes européennes les plus attractives” pour le 7e art. En prime, la Mission cinéma et tournages épaule les sociétés de production. “Gratuitement”, insiste Gaby Charroux, qui se félicite des retombées économiques pour Aix-Marseille, estimées à plus de 100 millions d’euros. Seul bémol : “On dépend encore trop des productions parisiennes,” regrette un expert du sujet.
Le développement de la filière est l’un des objectifs du plan XXL d'investissements lancé par Emmanuel Macron en septembre 2021 et baptisé “Marseille en grand”. La création de la base logistique CinéMabase figurait parmi les nouveautés annoncées. Comme la création en 2023, à 500 mètres de la gare Saint-Charles, de la Cinéfabrique Marseille, déclinaison de l’école de cinéma publique et gratuite basée à Lyon. Comme l’antenne de la Cinémathèque française, qui devrait ouvrir ses portes l’an prochain dans le quartier des Crottes, celui où a grandi l’acteur Yves Montand. En revanche, le projet de Cité méditerranéenne du cinéma dans l’emblématique salle de concert du Docks des Suds, lui, a du plomb dans l’aile. La région Sud (Paca) a annoncé à l’automne dernier son retrait de l’aventure pour cause de mésentente avec la mairie de Marseille sur le partage de la facture. “Je ne suis pas une vache à lait”, a lâché le président de la région Renaud Muselier.
De futurs studios dans la raffinerie Saint Louis Sucre
Sur le territoire de la Métropole, seule Martigues fait de l’ombre à Marseille, 40 kilomètres à l'ouest. Depuis 2010, la commune dirigée par Gaby Charroux abrite les 22 hectares de Provence Studios. Ce site, l’un des plus grands d’Europe, a accueilli le tournage de "Titane", le film de Julia Ducournau, Palme d’or à Cannes en 2021. Le maître des lieux, Olivier Marchetti, lorgne désormais Marseille et l’ancienne raffinerie de Saint Louis Sucre, en bordure du futur parc des Aygalades, dans le 15e arrondissement. Son projet de création de quatre studios de 1000 mètres carrés, avec morgue et commissariat “prêts à tourner”, a été sélectionné dans le cadre du programme national de La Grande Fabrique de l’image. “Nous devrions recevoir une subvention de 16 millions d’euros pour un investissement évalué à 60 millions”, calcule-t-il. Entre dépollution et reconstruction, le site ne sera pas prêt avant 2029. En attendant, les extérieurs ont déjà servi de décor à plusieurs tournages, dont celui du récent film de James Hawes, "The Amateur". Un bon début.
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