Depuis le début de l’année, les marchés financiers jouent aux montagnes russes : ils subissent de brusques variations au rythme des annonces d’intensification de la guerre commerciale, ou encore quand Donald Trump s’en prend au Président de la Fed et menace son indépendance. L’indice VIX, qui quantifie le niveau de volatilité sur les marchés actions américains, a atteint en avril un niveau que l’on n’avait pas vu depuis 2020 et l’émergence de la crise du Covid. En toute logique, les indices boursiers sont en fort repli depuis le début de l’année, notamment aux Etats-Unis : -12% pour le S&P 500 et -18% pour le Nasdaq, plus exposé aux valeurs technologiques. Mais comme dans toute période d’instabilité financière, certains actifs se démarquent et évoluent en sens inverse : ce sont les valeurs refuge, plébiscitées par les investisseurs pour leur capacité à résister aux crises. Historiquement, trois actifs ont régulièrement joué ce rôle : les obligations d’Etat (notamment américaines), certaines devises comme le dollar, le yen ou le franc suisse, et l’or. Qu’en est-il de cette crise ? Les valeurs refuge traditionnelles ont-elles été efficaces ?

Pour les obligations d’Etat, le bilan est mitigé. Certes, les taux 10 ans US sont en légère baisse depuis le début de l’année. Or, une baisse des taux correspond à une hausse du prix des obligations, soit une performance positive pour les investisseurs. Mais ces actifs sont réputés pour leur relative stabilité ; or ils se sont montrés particulièrement volatiles, notamment en avril après les annonces fracassantes de Donald Trump sur les taxes douanières «proportionnelles». Les taux 10 ans sont passés en moins d’une semaine de 4% à 4,5%. Une telle variation est très coûteuse pour le gouvernement américain, puisque cela renchérit considérablement le coût de la dette. Ce serait d’ailleurs la fébrilité du marché obligataire américain qui aurait incité le Président à faire marche arrière, plutôt que le recul des marchés actions. Surtout, la réaction des marchés souligne la défiance des investisseurs qui s’est instaurée à l’égard des Etats-Unis, avec le risque de récession, de hausse de l’inflation et de la dette publique.

«L’or a largement confirmé sa réputation de valeur refuge par excellence»

Du côté des devises, les performances sont contrastées. Habituellement, les tensions sur les marchés financiers se traduisent par une hausse du dollar, car les investisseurs se tournent vers les actifs américains, jugés plus sûrs et plus liquides. Mais dans cette crise, c’est précisément la politique américaine qui est au cœur des incertitudes, donc les investisseurs ont plutôt eu tendance à fuir les actions et obligations américaines, entraînant une baisse du dollar. L’indice Bloomberg Dollar Spot, qui calcule la valeur du dollar face à un panier de devises, indique que la monnaie américaine a perdu 7% depuis le début de l’année. Les autres grandes devises, elles, ont joué leur rôle de valeur refuge : l’euro, le yen ou encore le franc suisse gagnent plus de 10% contre le dollar depuis le début de l’année.

Pour l’or, la conclusion est plus simple : le métal doré a largement confirmé sa réputation de valeur refuge par excellence. Le cours de l’or dépasse désormais 3 400 dollars l’once (environ 3 000 euros) et il enregistre une impressionnante hausse de 31% depuis le début de l’année. Une telle performance n’a pas été observée depuis le début des années 70, à l’époque du premier choc pétrolier. Il profite notamment de la défiance vis-à-vis du dollar : les Banques centrales, qui souhaitent réduire leur exposition à la devise américaine, augmentent leurs réserves d’or. Cette tendance s’observe depuis 3 ans maintenant : depuis 2022, les Banques centrales ont acheté chaque année plus de 1 000 tonnes d’or, et les incertitudes liées à la guerre commerciale devraient les inciter à poursuivre ce mouvement.

L’or reste donc la valeur refuge par excellence. Les devises fortes, comme le yen, l’euro ou le franc suisse, ont aussi bien résisté. Mais le dollar et les obligations américaines n’ont pas permis d’amortir le choc sur les marchés actions depuis le début de l’année. Il est intéressant de noter que le Bitcoin, que certains aiment qualifier d’or numérique, est en baisse de près de 7% depuis le début de l’année : il est très loin de pouvoir prétendre au statut de valeur refuge et, sur sa courte existence, montre plutôt une corrélation positive aux marchés actions.

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