
C’était le symbole d’une période marquée par les tensions entre Américains et Russes. En pleine guerre froide, Moscou a conçu une arme secrète, un projet nucléaire inédit pour contrer l’avance militaire des Etats-Unis, raconte Brut. Avec leur Projet 685 Plavnik ou Komsomolets, les Soviétiques lancent un sous-marin qui doit tout changer pour eux : un appareil de dix mètres de haut et de plus de 120 mètres de long avec à bord un réacteur nucléaire dans le compartiment 4 et six tubes pour propulser des torpilles ou des missiles équipés d’ogives nucléaires dans le compartiment 1.
«Pour les ogives, ce qui a été rapporté, c’est que l’activité du plutonium était à peu près équivalente à celle utilisée dans la bombe nucléaire larguée sur Nagasaki», explique à Brut Justin Gwynn, chercheur à l’Autorité norvégienne de sûreté nucléaire et radiologique. Evidemment, les Russes veulent aller vite, mais en toute discrétion. C’est dans un des plus grands chantiers navals du pays, à Severodvinsk, que le projet voit le jour. Le sous-marin sera finalement mis à l’eau en 1985 et va plonger à plus de 1 000 mètres de profondeur, il était donc quasiment indétectable.
Seuls 27 des 69 membres d’équipage survivent
Prenant le nom de Komsomolets le 31 janvier 1989, il est alors parti pour devenir une arme massive pour les Russes. Mais une catastrophe va tout chambouler. Le 7 avril 1989, alors qu’il patrouille au large de la Norvège, des flammes apparaissent dans le compartiment 7. Le feu se propage dans les turbines et s’approche du réacteur nucléaire. Ce dernier est alors mis à l’arrêt en urgence quand le sous-marin parvient à remonter à la surface.
Mais alors que de l’eau commence à rentrer dedans, il va couler petit à petit alors que six hommes sont toujours à bord. Malgré une capsule de sauvetage, au final, seuls 27 des 69 membres ont pu être sauvés, l’eau glaciale dans la zone et l’épuisement des marins ayant rendu leur sauvetage impossible. Va ensuite se poser la question des fuites radioactives en mer alors que la catastrophe de Tchernobyl a eu lieu trois ans auparavant.
Une «bombe à retardement»
«Il y a une très très grande peur, si c’est un sous-marin nucléaire, concernant l’état de son réacteur, la présence de torpilles…», rappelle auprès de Brut Nicolas Dujuin, enseignant-chercheur en histoire russe et soviétique à l’université Paris 1. Il évoque alors des craintes de fuites de plutonium et de Césium 137. A l’époque, les projets de sauvetage sont considérés comme coûteux et risqués, et si des rapports concluent à «un problème mineur de risque radioactif», d’autres s’inquiètent d’une «bombe à retardement». Raison pour laquelle des opérations de protection et de couvertures des zones sensibles seront menées en 1994 et 1995.
30 ans après, une équipe a retrouvé l’épave et des images montrent précisément ce à quoi elle ressemble. Une des capsules recouvrant la torpille ne semble plus tenir tandis que des bâches se détachent. Au niveau du réacteur, les spécialistes détectent même du Strontium 90 à des niveaux 400 000 fois supérieurs à la normale, ainsi que du Césium 137, à des niveaux 800 000 fois supérieurs. Mais finalement, des analyses ne concluent à aucun impact majeur sur l’environnement marin. Toutefois, des questions se posent pour le futur, notamment la corrosion qui pourrait se poursuivre, ainsi que son emplacement. Un élément à surveiller dans un contexte géopolitique de plus en plus tendu.




















