
Une interview au vitriol. Plus d’un an après avoir quitté Bercy, Bruno Le Maire sort de son silence médiatique. Dans un entretien accordé à L’Usine Nouvelle ce lundi 22 septembre, l’ancien ministre de l’Economie revient sur la dissolution de l’Assemblée nationale, un tournant qu’il juge destructeur pour l’économie tricolore. Aujourd’hui conseiller spécial du groupe néerlandais ASML, fabricant de machines de production de semi-conducteurs, il livre un constat sévère de la situation actuelle.
Sans détour, Bruno Le Maire dénonce les effets de la dissolution sur la stratégie économique qu’il avait portée au sein du gouvernement. Il alerte sur les conséquences : «La baisse des impôts de production a été stoppée, la loi sur la simplification est au point mort, les incertitudes politiques minent la confiance des investisseurs», affirme-t-il. Et de conclure, cinglant : «Résultat : les défaillances repartent à la hausse et on détruit à nouveau des emplois industriels. Quel saccage !» S’il admet que ses résultats en matière de réindustrialisation restent limités, il revendique néanmoins des avancées concrètes.
«Une blessure profonde pour moi»
«En sept ans, nous avons obtenu des résultats modestes mais réels, avec 650 usines ouvertes, une nouvelle filière dans les batteries électriques, une en gestation avec l'hydrogène vert, la relance des formations d'ingénieurs, la relance du nucléaire…», soutient-il. Bruno Le Maire confesse également une déception majeure : l’incapacité à redresser les finances publiques. «Bien sûr que c'est un échec de ne pas avoir pu mener à terme le rétablissement de nos finances publiques. Cela reste une blessure profonde pour moi», confie-t-il.
Il souligne néanmoins qu’un cap avait été trouvé en début d’année. «Début 2024, nous avions commencé à prendre toutes les décisions nécessaires pour rétablir les comptes publics. Nous avions décidé 30 milliards d'euros d'économie en six mois, soit davantage que ce qui risque d'être prévu pour la totalité du budget 2026», déclare-t-il. Selon lui, la dissolution a brutalement mis un terme à cette dynamique : «La dissolution a coupé net tous nos efforts», regrette-t-il.
Bruno Le Maire rejette la taxe Zucman
Questionné sur la proposition de Gabriel Zucman d’imposer une taxe annuelle de 2% sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, Bruno Le Maire exprime son désaccord. Il estime que ce débat détourne l’attention des véritables priorités économiques : «Avant de penser à redistribuer, pensons à créer des richesses. Comment redevenir une grande nation de production ? Comment permettre à un salarié d'avoir un salaire net plus élevé ?», lance-t-il.
L’ancien ministre appelle aussi l’Union européenne à davantage de fermeté face à la guerre commerciale menée par les Etats-Unis et la Chine. «Nous avons un bazooka mais nous ne voulons pas l'utiliser», déplore-t-il. Inquiet d’un afflux de produits chinois en Europe, il plaide pour un sursaut stratégique :«Soit nous sommes capables de rétablir un rapport de force et de mettre des barrières à l'entrée, soit nous resterons un continent de consommateurs dans les mains des géants américains et chinois», conclut-il.


















