Levée de boucliers. En pleines vacances d’été, des parents réagissent à la «taxe retard» annoncée début juillet. Dans certaines villes, comme Toulouse (Haute-Garonne) ou la Ferté-Bernard (Sarthe), les élus ont décidé de mettre en place, dès la rentrée prochaine, une amende jusqu’à 30 euros dans la Ville Rose, pour les parents qui arriveraient en retard le soir pour récupérer leur enfant au centre de loisirs après l’école. «Chaque année, plusieurs centaines de retards de parents sont constatés le soir», a expliqué la directrice de l’éducation de la mairie de Toulouse. Selon la municipalité, le forfait de 30 euros correspond «au coût salarial des deux animateurs qui se voient contraints de rester».

La Ferté-Bernard, commune de 9 000 habitants, va également punir les parents retardataires à la garderie périscolaire des écoles publiques d’une amende de 5 euros par quart d’heure à compter de septembre. «Ces retards dénotent un manque de respect pour les agents municipaux obligés de rester sur place, explique Christine Van Ryssel, maire adjointe chargée de l’éducation et de l’enfance à la Ferté-Bernard. On rencontre toujours les mêmes problèmes avec les mêmes familles qui ne préviennent pas. Bien sûr, on ne vise pas les parents qui, exceptionnellement, se retrouvent en difficulté. On peut bien sûr avoir des imprévus.» La mesure serait ainsi destinée à «sensibiliser» les familles.

Les plus précaires seraient affectés

François Piquemal, député LFI de Haute-Garonne, a été l’un des premiers à critiquer cette mesure qui risque, selon lui, d’affecter en premier lieu les «habitants qui ont des emplois peu flexibles et loin de leur domicile et de l’école des enfants». Des représentants des parents d’élèves s’insurgent contre des décisions «injustes et incompréhensibles». «Ce sont surtout les familles monoparentales et précaires qui vont devoir payer alors qu’elles ont justement besoin d’aide», rapporte au Parisien Aziz Aboularab, père de famille et vice-président de la FCPE, l’une des principales organisations de parents d’élèves.

Ces deux villes s’appuient sur l’exemple de plusieurs municipalités qui ont déjà instauré des pénalités aux parents retardataires, comme Asnières (Hauts-de-Seine), Strasbourg (Bas-Rhin), Bordeaux (Gironde) ou Armentières (Nord). A Asnières, le montant de l’amende est calculé en fonction du quotient familial, et «s’adresse avant tout aux parents qui abusent de nos services en venant chercher leurs enfants systématiquement après 18h30», expliquait la mairie au Figaro. Pour un retard de 45 minutes, une famille dont le quotient correspondant à la tranche 11 doit ainsi s’acquitter d’une amende de 30 euros. Dans d’autres pays, on retrouve des expérimentations de ce type, notamment en Australie, au Royaume-Uni, ou en Israël où l’expérience avait conclu à l’inefficacité de l’amende. Le nombre de retards avait presque doublé après l’amende, alors qu’il restait constant dans les crèches sans pénalité. «Ce n’était pas efficace car les parents finissaient par payer les taxes, explique au Parisien Alexandre Delaigue, professeur d’économie à l’université de Lille (Nord). Finalement, cette politique transforme une norme sociale, celle d’être à l’heure, par un prix. Le retard devient alors marchand.»