Depuis le début de l’année, le billet vert ne cesse de fléchir. Sous l’effet des politiques américaines et d’une économie qui montre des signes de ralentissement, la confiance des investisseurs dans le dollar diminue. Le Dollar Index recule ainsi de 9% depuis janvier, confirmant un mouvement qui pourrait se poursuivre dans les mois à venir.

Quel effet pour les marchés émergents ?

Un dollar faible peut rendre certains actifs émergents plus attractifs. Les investisseurs, en quête de rendement dans un environnement de taux réels américains en baisse, se tournent vers les marchés émergents. Le phénomène du carry trade fait ainsi son grand retour : il consiste à emprunter dans une devise considérée comme à faible rendement, comme c’est le cas pour le dollar aujourd’hui, pour investir dans des actifs libellés en monnaies locales offrant des taux plus élevés.

Les flux vers les marchés émergents confirment cette tendance. Selon l’IIF, plus de 55 milliards de dollars sont entrés sur ces marchés en juillet 2025, un record depuis 2021, portés par l’attrait pour les obligations locales et la détente des taux américains. En particulier, les dettes souveraines en monnaie locale ont concentré une large part des flux, les investisseurs misant sur une stabilité monétaire accrue. Cette dynamique reste cependant fragile : en septembre, les flux ont chuté à 26 milliards, plombés par des sorties massives des actions chinoises et des inquiétudes persistantes sur les perspectives de croissance de la Chine.

Depuis le début de l’année, et plus nettement encore au cours des six derniers mois, plusieurs devises émergentes se sont nettement appréciées face au dollar. Le peso mexicain a gagné près de 8% en six mois, le réal brésilien environ 7%, et le rand sud-africain plus de 10%, portés par des flux d’investissements favorables et une conjoncture locale plus stable que prévu.

Hausse des devises émergentes : quels impacts concrets ?

Pour les pays exportateurs comme le Brésil ou l’Indonésie, une monnaie locale plus forte signifie moins de revenus en devise locale pour chaque dollar exporté. En revanche, les importateurs nets (notamment d’énergie ou d’équipements) bénéficient, quant à eux, d’une baisse du coût de leurs achats internationaux, ce qui limite la pression inflationniste. Résultat : une inflation mieux maîtrisée et plus de flexibilité pour les Banques centrales locales, qui peuvent alléger leur politique monétaire sans provoquer de fuite des capitaux.

Une image de fragilité à relativiser

Les marchés émergents souffrent encore de stéréotypes : instabilité politique, inflation galopante, dette incontrôlée. Pourtant, les fondamentaux de plusieurs d’entre eux (comme le Brésil ou le Mexique) se sont considérablement renforcés : dette publique contenue (57% du PIB en moyenne en 2024 selon le FMI, contre 100% dans les économies avancées), commerce intra-émergents en croissance, monnaies locales plus stables. Fait marquant : la volatilité de la dette locale émergente est désormais inférieure à celle de certains pays développés.

Certaines économies restent cependant vulnérables, en particulier des pays dont la dette est largement libellée en dollars ou qui présentent des déficits courants élevés. C’est le cas de la Turquie par exemple dont la dette externe est importante et l’inflation persistante ; ou encore l’Egypte, très dépendante au financement étranger.

En résumé, un dollar faible ne garantit pas un renforcement des devises émergentes. Tout dépend des fondamentaux : balance courante, niveau de dette, position d’exportateur ou d’importateur. La faiblesse du billet vert ouvre des opportunités, mais ne compense pas les fragilités internes.

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