
L'euro vient de franchir un cap symbolique. Le 27 janvier, il a dépassé la barre des 1,20 dollar, un niveau qui n'avait pas été atteint depuis novembre 2021. Si l'euro est revenu à 1,18 dollar en ce lundi 2 février, la monnaie américaine a perdu près de 11% de sa valeur face à l'euro en un an. Une chute spectaculaire… qui n’a pas semblé inquiéter Donald Trump, puisqu’il s'est dit «à l'aise» avec un dollar faible pour doper les exportations américaines.
Pour les Français, cette situation est à double tranchant. Si vous prévoyez des vacances à New York ou des achats sur des sites américains, votre pouvoir d'achat outre-Atlantique va mécaniquement grimper. Mais pour vos placements, l'affaire se corse. Car des millions de Français détiennent des actifs en dollars dans leur épargne, souvent sans en avoir conscience.
Où se cache le dollar dans votre épargne ?
Vous avez une assurance vie ? Il va falloir vous pencher dessus et vérifier vos unités de compte (UC). Si elles sont investies sur des fonds internationaux ou américains, vous êtes directement concerné. Tout ce qui est “America”, “S&P 500” ou “Nasdaq” est concerné. Mais aussi les ETF estampillés "World" ou "MSCI World", très populaires : ils contiennent environ 60 à 70 % d'actions américaines. Même constat pour les fonds dits "Global". Si vous n’êtes pas certain, vous pouvez aussi vérifier le code ISIN de chaque fonds sur le site Morningstar ou Quantalys pour voir leur exposition géographique détaillée.
Deuxième zone à risque : votre PEA ou votre compte-titres. Même si vous n’avez pas acheté d’action américaine comme Microsoft ou Amazon, elles sont partout, et notamment dans les trackers (ETF) américains ou “World”. C’est la même mécanique que pour l’assurance vie. Même si ces ETF sont libellés en euros, ils restent investis outre-Atlantique, donc la baisse du dollar érode automatiquement vos gains.
La mécanique est implacable : quand le dollar baisse, vos actifs américains valent moins une fois reconvertis en euros. Le dollar américain a perdu 10,95 % face à l'euro sur 12 mois, si vous aviez investi 10 000 euros il y a un an sur un ETF américain non couvert contre le risque de change, votre placement a perdu presque 1 100 euros uniquement à cause du dollar (avant de compter la performance boursière). Par exemple avec le S&P 500 : il a pris +17% environ en 2025. Pour un investisseur Français ? Cela ne fait qu’environ +3%...
Faut-il nécessairement paniquer ?
Pour autant, pas de panique – à moins que vous n’ayez besoin de vendre vos actifs dans les semaines à venir, là l'impact peut être sévère. En revanche, si vous investissez sur le long terme, comme c’est conseillé en bourse (avec un horizon de plus de huit ans), les fluctuations monétaires ont tendance à se lisser dans le temps. Parfois, il vaut mieux ne pas vendre au pire moment et juste… attendre que la situation s’inverse.
Certains y voient même une opportunité. Avec un euro fort, c'est le moment idéal pour acheter des actifs américains «en solde». Les entreprises du S&P 500 n'ont pas perdu de leur valeur intrinsèque ; elles sont simplement moins chères pour un investisseur européen. Si vous croyez en un rebond du dollar à moyen terme, vous pourriez en profiter.
Et si je souhaite me protéger ?
Dans le cas où vous ne croyiez pas à ce rebond, il existe d'autres options. La première : les ETF dits "hedgés". Ces fonds intègrent une couverture contre le risque de change. Vous profitez de la performance du marché américain sans subir les fluctuations euro/dollar. Mais attention, cette protection a un coût : environ 0,3% de frais de couverture par an. Et si le dollar remontait… vous n’en profiteriez pas.
Enfin, il reste encore l’option de réorienter vos fonds vers l'Europe. Les actions européennes affichent des valorisations attractives et ne souffrent évidemment pas de l'effet de change pour un épargnant français. Un ETF Euro Stoxx 50 ou MSCI Europe peut être une alternative pertinente.


















