
«Un coup dur.» Ces mots, ce sont ceux de Jérôme Depsey, président du Salon international de l’agriculture, ce mardi 10 février. La raison ? Les bovins seront les grands absents de la 62e édition qui se déroulera à Paris Expo - Porte de Versailles, entre le 21 février et le 1er mars. «C’est une première», a-t-il poursuivi, alors qu’aucun sabot de bovin ne foulera les allées du salon. En janvier dernier, les organismes de sélection de races bovines avaient décidé de ne pas amener leurs animaux à Paris à cause de la dermatose nodulaire contagieuse (NDC), maladie faisant des ravages dans certaines régions. Même la vedette de cet événement n’aura pas de passe-droit : Biguine, vache brahman originaire de la Martinique devenue égérie de cette édition, ne participera pas au salon.
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ? Pas pour les organisateurs qui essaieront de faire mentir cette citation d’Alphonse de Lamartine en réunissant d’autres espèces animales comme les moutons, les chèvres, les chevaux, les chiens ou encore les chats. Au total, près de 3 500 animaux et 1 100 exposants sont attendus lors de cet événement majeur. Sur l’affluence, Jérôme Depsey a estimé qu’«il n'y a aucune raison pour qu’il y ait moins de visiteurs». En 2025, 607 503 curieux étaient venus fouler les allées de la plus grande ferme de France.
«Un espace à complètement reconstruire»
Toutefois, l’absence de ces grands herbivores pose un défi de taille pour les organisateurs : comment réorganiser l’espace laissé vacant. «C’est un espace à reconstruire complètement», affirme Valérie Leroy, directrice du Salon international de l’agriculture. Pour s’adapter à la situation, un réaménagement a été mis au point. Le hall 1 sera ainsi occupé par les ovins et les porcins, mais aussi par les éleveurs de bovins qui seront bel et bien présents, même sans leurs animaux. Le but ? Qu’ils puissent rencontrer les visiteurs, expliquer leur métier, ou encore présenter leurs produits. Des duplex TV avec plusieurs fermes sont également envisagés afin d’obtenir des témoignages de professionnels directement sur le terrain. Ce lieu accueillera aussi les concours d’animaux, ainsi que des spectacles et des démonstrations équestres.
«Un lieu de débat, mais pas de combat»
Ce n’est pas un secret : le monde de l’agriculture est en ébullition. La cause principale ? L’accord de libre-échange conclu entre l’Union européenne et le Mercosur, marché commun sud-américain composé notamment du Brésil et de l’Argentine. Alors que les agriculteurs appréhendent les conséquences de cette alliance intercontinentale, de nombreuses mobilisations ont été organisées en France. Face à cette situation, le salon, lui, est sous haute tension. Pour éviter tout débordement, les organisateurs ont lancé un appel au calme. Pour Jérôme Depsey, qui «comprend les colères agricoles», le salon est «un lieu de débat, mais pas de combat». «On est plutôt pour les ponts que pour les murs, et plutôt pour le dialogue que les manifestations», explique-t-il.
Une présence politique encadrée
Cet événement, qui célèbre l’agriculture, est également prisé par les personnalités politiques. Mais cette année, deux règles édictées par les organisateurs encadreront leur présence. «Le politique, au sein de l'agriculture, a des droits et des devoirs», a affirmé Arnaud Lemoine, directeur du Centre national des expositions & Concours agricoles (Ceneca). Première règle énoncée : il n’y aura plus de visite politique «avant 8h du matin». Seconde règle prise par les responsables de l’événement : les délégations politiques devront être limitées à 25 personnes maximum.
La culture et la découverte au programme
La culture, elle, sera particulièrement à l’honneur cette année. Le Parc des expositions de Paris accueillera une librairie et un cinéma dédiés à différentes thématiques liées à l’agriculture. Des concerts seront aussi organisés et il y en aura pour tous les goûts : opéra, musiques folkloriques ou pastorales. La découverte du milieu agricole par les plus petits est aussi l’un des objectifs visés par ce salon, avec notamment une ferme pédagogique, un poney club, et une clinique vétérinaire pour mieux comprendre ce métier.
Face à cette nouvelle programmation, le public, véritable juge de paix par sa présence, est attendu de pied ferme par les organisateurs de l’événement. Reste à savoir s’il sera au rendez-vous.



















