
Il a l’air si mignon, le serval, avec son pelage doré tacheté de noir, ses grandes oreilles et ses longues pattes. Mais derrière ses airs de gros chat, il reste un animal sauvage inadapté à la vie domestique. Ce qui n’empêche pas ce félin d’origine subsaharienne d’être très convoité en Europe. Un effet de mode: «Les gens étaient fascinés par les singes magots il y a quinze ans, et par les bébés lions ou tigres plus récemment. Aujourd’hui, c’est au tour des servals», explique Charlotte Nithart, présidente de Robin des bois, une association qui tient le décompte du braconnage dans le monde.
Né avant le Covid, ce phénomène de mode s’est amplifié depuis 2022, sous l’effet des réseaux sociaux, et aussi de personnalités s’exposant complaisamment avec. On se souvient par exemple du chanteur Gims, qui avait provoqué un scandale l’an passé en postant une vidéo où il donnait le biberon à un caracal, une espèce très proche du serval. Il faut pourtant compter entre 2000 et 4000 euros pour un serval, sachant que les femelles, comme souvent, coûtent plus cher en raison de leur capacité de reproduction.

Une loi interdit aux influenceurs de s'exposer avec
Petite victoire pour les défenseurs des animaux, la loi du 9 juin 2023 sur les influenceurs interdit désormais la promotion sur les réseaux sociaux d’animaux sauvages dont le commerce est interdit. Mais cela ne suffit toutefois pas à inverser la tendance, puisque 13 servals et 4 caracals ont été saisis en 2013 par l’OFB (Office Français de la Biodiversité), dans toute la France. « Et, depuis le début d’année, nous dépassons les 10 spécimens rien que dans les Hauts-de-France», s’indigne Stéphane Durand, responsable national du réseau Cites au sein du service national d'enquête et de contrôle de l'OFB.
Le trafic de ces félins n’est pas sans poser des problèmes de sécurité. Certains d’entre eux échappent en effet à la vigilance de leurs maîtres, quand d’autres sont abandonnés, car devenus hors de contrôle. On en a déjà vu errant dans le centre de Lille, ou dans une discothèque de Valenciennes. Le refuge Tonga, dans la Loire, spécialisé dans l’accueil d’animaux saisis par les forces de l’ordre, a vu passer plus d’une trentaine de servals en deux ans. «Ils arrivent à l’âge de 1 ou 2 ans avec de faux papiers les décrivant comme des chats domestiques. Leur puce électronique, quand ils en ont, atteste qu’ils proviennent de Russie, de Biélorussie ou de République tchèque», fait savoir Jean-Christophe Gérard, vice-président du refuge Tonga.

Les servals se confondent avec des savannahs
En 2022, un trafic de servals, de ouistitis et de perroquets a ainsi été démantelé en Gironde. A sa tête, une femme d’une vingtaine d’années qui se procurait ses spécimens à bas prix en Espagne avant de les revendre sur les réseaux sociaux, avec la complicité de trois personnes. Certes, on trouve aussi des élevages légaux de tels félins, comme en Belgique ou en Allemagne. «Les animaux y sont habitués dès leur naissance à supporter l’homme. Mais l’arrivée d’un spécimen sauvage, capturé dans la nature, est toujours un avantage pour renouveler le patrimoine génétique», décrypte Fabrice Gayet, marin à la Direction nationale garde-côtes des douanes et référent sur le trafic de la faune et de la flore.
Si la lutte contre ce trafic est complexe, c’est aussi que le serval reste difficile à identifier. Quand il est croisé avec un chat, on obtient en effet un savannah, une race créée dans les années 1980. Au bout de la cinquième génération hybride, l’animal est classé dans la catégorie domestique. Le marché noir joue de cette subtilité, et n’hésite pas à faire passer ses servals pour des savannahs. Afin d’éviter toute confusion, les associations militent donc pour interdire aussi le commerce du savannah. Et, d’une manière plus générale, réclament une réglementation plus homogène, et davantage de contrôles. Il y a urgence: alors que la biodiversité décline sur notre planète, ces trafics ne font qu’accentuer le phénomène.
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