En Chine, alors que les manifestants opposés à la politique "zéro Covid" ont embrasé les réseaux sociaux ces derniers jours, un compte Twitter s'est imposé comme la source principale d'informations concernant cette actualité : "@李老师不是你老师" ("Teacher Li Is Not Your Teacher", en anglais, ou "Professeur Li n'est pas votre professeur", en français). Depuis de nombreuses villes en Chine, des personnes lui ont transmis des images de manifestations et l'ont tenu au courant de ce qu'il se passait en direct en le contactant par messages privés. Teacher Li a publié ces éléments en prenant soin de bien préserver l'anonymat de ses sources alors que le pays traverse une période de peur et d'incertitude généralisées.

Derrière ce compte, se trouve en réalité un seul homme : Li, un peintre chinois installé en Italie, qui a demandé à ce qu'on le cite uniquement en utilisant son nom de famille afin que son anonymat soit préservé. Il n'a pas été formé au journalisme mais cela ne l'a pas empêché de devenir une sorte de rédaction à lui tout seul.

Au plus fort de la contestation, Li pouvait recevoir des dizaines de messages par seconde. Il faisait de son mieux pour filtrer les informations non fiables en quelques instants. Pour lui, cela constitue une toute nouvelle expérience même s'il a passé l'année dernière à publier des contributions anonymes de ses abonnés. Alors qu'il évoque depuis pas mal de temps, sur la toile, les problématiques sociales en Chine, il a commencé à recevoir en 2021 des messages privés sur Weibo - l'équivalent chinois de Twitter (ce dernier étant interdit dans le pays) - de la part de personnes lui demandant de publier leurs histoires tout en préservant leur anonymat.

Ses posts ont été rapidement supprimés par les censeurs chinois et, en février dernier, son compte a même été suspendu. Les deux mois suivants, 49 autres de ses comptes ont également été bannis. Toutefois, ses abonnés lui ont gracieusement transmis leur numéro de téléphone afin qu'il puisse continuer à s'inscrire. En avril 2022, alors qu'il ne pouvait plus accéder au formulaire pour créer de nouveau compte sur Weibo, il a décidé de basculer sur Twitter. Sur cette plateforme, il s'est rapidement constitué un large public composé de comptes d'utilisateurs internationaux et de Chinois accédant à ce réseau social bloqué via un VPN.

En Chine, des employés de Foxconn se révoltent après le confinement de leur usine

Puis, le 23 novembre dernier, les salariés d'une usine Foxconn à Zhengzhou ont entamé un bras de fer violent avec leur direction. Li a commencé à suivre la situation par le biais des réseaux sociaux chinois et des contributions de ses abonnés. Cette nuit-là, il n'a dormi que trois heures.

D'autres manifestations ont ensuite éclaté au cours du weekend dans les principales villes chinoises et Li a de nouveau publié des images en temps réel de ces protestations dans le but d'aider les Chinois à obtenir des informations et à décider s'ils veulent, ou non, y participer. L'autre objectif était d'informer les étrangers de ce qui se passait réellement à l'intérieur du pays. "Même s'ils ne sont pas en Chine en ce moment, ils peuvent suivre les événements qui s'y déroulent. Et ils regardent", m'a-t-il dit.

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