
Avant le coup d’envoi d’un gros match de football, les paris se comptent en milliers chaque seconde. Loin des stades, une compétition discrète se joue entre Betclic et Winamax pour capturer les mises. Forces vives de cette bataille du sport business, des traders mordus de mathématiques et de sport surveillent la concurrence et ajustent continuellement les cotes, c’est-à-dire les gains potentiels en cas de pari gagnant. «C’est un milieu bourré d’adrénaline. Devant nous, il y a un mur d’écrans qui permet de suivre plusieurs événements sportifs en même temps», décrit un ancien salarié de Winamax.
Difficile de prédire l’issue d’un match mais il y a une certitude : la fortune sourit aux preneurs de paris. Et pas seulement à cause du programme exceptionnel de 2024, marqué par les Jeux olympiques de Paris et l’Euro de football. «Depuis 2019, le marché des paris sportifs en ligne progresse de 15% en moyenne par an», décrit Guillaume Laborderie, directeur des marchés et de l’innovation à l’Autorité nationale des jeux (ANJ), le gendarme du secteur chargé de prévenir les dérives et de lutter contre les risques d'addiction.
Betclic et Winamax, ces pépites méconnues de la French Tech
Parmi une quinzaine d’opérateurs agréés en France, Betclic (détenu par Banijay, le géant audiovisuel de Stéphane Courbit) tient la première place avec une part de marché de 40%. En comptant l’international, ses revenus ont grimpé de 46% en 2024, à 1,5 milliard d’euros, dont 79% sur les paris sportifs. Son principal rival, Winamax, a vu son chiffre d’affaires doubler entre 2019 et 2023 pour atteindre 744 millions d’euros, selon les derniers comptes sociaux disponibles. «Winamax et Betclic font partie des plus belles réussites françaises de la tech. Cela ne se sait pas assez», nous déclare Nicolas Béraud, fondateur et directeur général de Betclic.
La bataille a débuté en 2010, lorsque l’Etat a mis fin au monopole de la Française des Jeux (FDJ United) sur les paris sportifs en ligne. Après avoir démarré ses activités en Angleterre, Betclic s’engouffre dans la brèche. «J’ai voulu faire un site pour que n’importe quel amateur de sport puisse parier simplement», retrace Nicolas Béraud. Pionnier du poker en ligne, Winamax suit le mouvement en 2014, sous l’impulsion d’Alexandre Roos et Christophe Schaming, deux amis d’enfance qui ont aussi participé à l’aventure Caramail. «Ils ont appliqué la méthode qui avait fonctionné dans le poker : la proximité avec les joueurs et proposer la meilleure expérience de jeu possible. On est ainsi passé d’un marché dominé par Betclic à un duo de tête», observe un connaisseur du secteur.
Bataille de communication dans le pari sportif pour attirer les clients
La compétition se joue aussi dans la communication. A chaque événement sportif, Winamax figure en bonne place parmi les annonceurs publicitaires : à la finale de la Ligue des champions diffusée, sur M6 fin mai, Winamax était ainsi le 6e plus gros investisseur sur un groupe de 93 annonceurs. Une activité surveillée de près par l’ANJ. En 2022, le gendarme du secteur avait demandé le retrait d’une publicité de Winamax intitulée «Tout pour la daronne», jugeant qu’elle faisait trop miroiter la possibilité de changer de statut social grâce aux paris. «Si une publicité cible les jeunes de façon manifeste, on va avoir un regard beaucoup plus critique car c’est une population qu’il faut protéger des risques d’addiction», insiste Guillaume Laborderie à l’ANJ.
Face à son concurrent, Betclic assume de dépenser moins dans les publicités. «Sur les montants publicitaires et les bonus donnés aux joueurs, Betclic se différencie du reste du secteur. On ne promet pas aux gens qu’ils vont devenir millionnaires», souligne Nicolas Béraud. L’entreprise préfère se concentrer sur des partenariats institutionnels, en s’associant notamment avec la fédération de football, de rugby et de volleyball.
Après avoir défié le monopole de FDJ United, Betclic et Winamax pourraient toutefois subir une revanche. L’ex-Française des Jeux a dépensé près de 2,5 milliards d’euros pour s’offrir le groupe suédois Kindred, maison mère d’Unibet, fin 2024. Ce nouvel acteur représenterait déjà 25% du marché français des paris sportifs en ligne en France, de quoi inquiéter les deux leaders. Qui sortira vainqueur de ce match retour ? A vos paris !
Betclic vs Winamax en chiffres
Betclic
- Chiffre d’affaires 2023 : 996 millions d’euros
- Part de marché en France sur les paris sportifs en ligne : 40%
- Dépenses publicitaires en 2024 sur les paris sportifs : 26,5 millions d’euros (source : Kantar Media)
- Nombre de salariés : 1300
Winamax
- Chiffre d’affaires 2023 : 744 millions d’euros
- Part de marché en France sur les paris sportifs en ligne : 35%
- Dépenses publicitaires en 2024 sur les paris sportifs : 49,6 millions d’euros (source : Kantar Media)
- Nombre de salariés : 400
1,76 milliard d’euros
C’est le produit brut des jeux sur le pari sportif en ligne en France en 2024. En croissance de 19,1% par rapport à 2023. (Source : ANJ)
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