En bon actionnaire de club de foot (Sparta Prague, West Ham), Daniel Kretinsky sait que la meilleure défense, c’est l’attaque. Et le milliardaire tchèque, qui a fait fortune dans l'énergie mais qui en connaît un rayon en matière de distribution (Casino, Metro, Sainsbury, Foot Locker...), capable de disserter avec vous pendant de longues minutes sur les stratégies cross canal, n’est pas du genre à tergiverser. Vendredi, ses équipes ont envoyé au conseil d’administration de Fnac Darty, groupe de distribution dont il est l’actionnaire de référence (28,5% du capital), une offre publique d’achat (OPA) avec la volonté de prendre le contrôle du groupe dont la valorisation boursière vient de dépasser le milliard d’euros.

L’offre a aussitôt été soutenue par le board de Fnac Darty qui a «unanimement accueilli favorablement» ce mouvement opéré l’homme d’affaires à la tête d'une fortune estimée à plus de 10 milliards d'euros. Pour franchir les 50% du capital, ce dernier est prêt à investir 230 millions d’euros car il offre une prime assez faible, d’environ 19% par rapport au cours de l’action la semaine dernière, soit un prix de rachat à 36 euros. Immédiatement, la Bourse a salué le projet en faisant grimper en flèche l’action pour coller au prix de rachat, des niveaux que Fnac Darty n’a que très rarement connus puisqu’il faut remonter aux années post-Covid (2020-2023) pour retrouver trace d’une action Fnac à ce prix-là.

L'ombre de JD.com

À vrai dire, cet investissement, c’est un peu le prix de la tranquillité. À la fois pour l’entreprise, mais aussi pour son actionnaire de référence qui a vu d’un mauvais œil le conglomérat chinois JD.com entrer au capital du spécialiste français des produits culturels. À l’automne dernier, le groupe chinois aux 700 millions d’usagers annuels revendiqués, coté à la bourse de Hong Kong et pesant 158 milliards de dollars de chiffre d’affaires (2024), a jeté son dévolu sur un distributeur allemand, Ceconomy, pour un montant d’un peu plus de 2 milliards d’euros.

Seulement, depuis 2017, Ceconomy est également le deuxième actionnaire de Fnac-Darty (environ 22%), c’est pourquoi l’arrivée de JD.com au capital du groupe français, a allumé les voyants de Bercy qui a déclenché un examen au nom du contrôle des investissements étrangers sur le premier vendeur de livre français. «Fnac Darty, c’est de la souveraineté culturelle. C’est une institution culturelle française», faisait alors valoir l’ancien ministre de l’Économie, Éric Lombard, particulièrement inquiet pour ce qui pourrait advenir de la gestion des données clients de Fnac Darty et ses 2 millions d’abonnés.

Peu de temps après, fin novembre, la direction de JD.com acceptait les termes d’un accord avec Bercy : le géant chinois s’engageait alors à ne pas monter davantage au capital de Fnac Darty une fois son raid sur Ceconomy achevé. Mais Bercy voulait encore davantage de garde-fous puisqu’il demandait aux dirigeants chinois d’agir en simple actionnaire dormant et de ne pas s’immiscer dans la gestion ou les choix stratégiques du groupe français. Est-ce que l’État et les actionnaires de Fnac-Darty ont finalement douté de ces engagements au point de pousser Daniel Kretinsky à bouger ? L’OPA qui devrait s’achever à la fin du premier trimestre laisse à penser que l’homme d’affaires tchèque a bien été incité à jouer les chevaliers blancs dans ce dossier.