Comme tous les grands fauves, Daniel Kretinsky, 48 ans, et Rodolphe Saadé, 53 ans, ont les crocs acérés, bondissent volontiers de leur tanière quand l’opportunité se présente et lâchent rarement leur proie. Cette voracité explique l’impressionnante razzia réalisée en France par ces deux étoiles montantes du capitalisme, aux trajectoires très différentes – le magnat tchèque de l’énergie Kretinsky est né à Brno (en ex-Tchécoslovaquie), de l’autre côté du rideau de fer, tandis que le Franco-Libanais Saadé, PDG de l’armateur CMA CGM, a vu le jour à Beyrouth, alors en proie à la guerre civile, avant de suivre ses parents à Marseille à 8 ans.

Leur point commun? Avoir amassé d’énormes profits dans des périodes de crise. La guerre d’Ukraine a fait exploser les tarifs dans l’énergie au bénéfice du premier et la pandémie de Covid a fait s’envoler les prix des conteneurs et les affaires du second. Les voilà désormais à la tête d’une fortune colossale: plus de 40 milliards d’euros pour le clan Saadé, selon les estimations de Capital, près de 10 milliards pour Kretinsky selon «Forbes».

Des trésors de guerre qu’ils réinvestissent tous azimuts: Bolloré Logistics (4,6 milliards d’euros), Gefco (450 millions), Colis Privé (290 millions), entre autres, pour le Franco-Libanais; Atos (217 millions d'euros), Casino (750 millions), Editis (600 millions) pour le très francophile magnat tchèque. Pour le moment, les deux tycoons ne sont pas en opposition frontale. Mais ils se sont trouvé un terrain de jeu en commun: les médias. Portrait croisé de leur spectaculaire ascension, de leurs méthodes et aussi de leurs ambitions.

L'origine de leur fortune

S’il a fait son premier million d’euros comme avocat, Daniel Kretinsky est devenu un investisseur opportuniste en intégrant en 1999 le fonds d’investissement J&T, piloté par l’homme le plus riche de Slovaquie, Patrik Tkac. Son premier ticket? Une entreprise de latex. Le second? Une boîte de production de salami. Passé associé chez J&T, il fonde en 2009 EPH, une holding tchèque hétéroclite dans laquelle investit Petr Kellner, un autre businessman qui a fait fortune avec les privatisations post-URSS (immobilier, banque…).

En 2012, Kretinsky approche le français GDF et l’allemand E.ON. Il souhaite racheter les 49% que détiennent les deux énergéticiens dans le gazoduc Eustream (le reste du capital appartient à l’Etat slovaque), l’un des principaux pipelines reliant la Russie à l’Europe, surnommé «la poule aux œufs d’or» de la Slovaquie. «On s’attendait à voir débarquer la caricature d’un magnat de l’Est, mais au premier meeting il nous a bluffés», se souvient un négociateur de l’époque. Daniel Kretinsky coupe l’herbe sous le pied du puissant russe Gazprom, également sur les rangs. «Ce deal l’a lancé en Europe», ajoute notre source. Jusqu’à la guerre en Ukraine, la distribution de gaz pesait 50% des bénéfices annuels d’EPH, soit 1 milliard d'euros rien qu’en 2021.

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