Avec 65 000 lignes de transport électrique datant de 70 à 105 ans, la France peut s'enorgueillir de son patrimoine énergétique. Comme dans les Pyrénées, où le réseau a été déployé au moment des premières centrales hydrauliques, dans les années 20. Il va falloir rénover ces infrastructures précisément au moment où le réseau relève des défis encore jamais vu dans notre pays, comme le changement climatique et la décarbonation de notre énergie.

En plus de rénover son réseau vieillissant et de le rendre plus résilient aux crues et aux fortes chaleurs, la France s’est fixée pour objectif de porter à 50% la part d’électricité bas carbone de son mix énergétique d’ici 2050. Cela suppose de raccorder beaucoup de nouvelles capacités de production et les faire transiter sur l’ensemble du territoire, à destination de la population, des industriels et de nos pays voisins dont la demande va augmenter sous l’effet de l’électrification des usages. D’où ce Plan stratégique de développement du réseau d’ici 2040, publié ce jour par RTE.

«Après la reconstruction en 1945 et le développement du nucléaire dans les années 70, nous entrons dans une troisième phase historique de développement du réseau électrique», a déclaré Xavier Piechaczyk, le président du directoire de RTE, ce 13 février.

Il est tout d'abord prévu de rénover 23 500 km de lignes et 85 000 pylônes sur l’ensemble du territoire pour un montant de 24 milliards d’euros. «D’ici 2040, 25% du réseau aérien aura été renouvelé sur le territoire. Parmi les infrastructures âgées, nous ciblerons en priorité celles qui sont les plus exposées aux aléas climatiques», a prévenu Chloé Latour, directrice stratégie et régulation de RTE. Les régions Bourgogne-Franche-Comté, Nouvelle Aquitaine et Occitanie seront particulièrement concernées.

Mais ce sont les raccordements qui vont coûter le plus cher, mobilisant 53 milliards d’euros d'investissements. «Nous avons déjà 140 projets signés avec des industriels pour des droits d’accès d’une puissance cumulée de 21 GW (gigawatts)», a justifié Thomas Veyrenc, directeur général Economie, Stratégie et Finances de RTE. «C’est beaucoup, même si certains d’entre eux pourraient ne pas se concrétiser». Priorité aux zones industrielles avec le plus d’impact potentiel sur l’électrification de l’économie. Comme les trois ports de Dunkerque, Le Havre et Fos-Sur-Mer. Dans un second temps, l'effort sera porté sur les sites de Saint-Avold, Sud Alsace, Vallée de la chimie, Plan-de-campagne, Loire-Estuaire, Sud Île-de-France et Valenciennes. Et, enfin, des zones plus vastes comme la Haute Vienne seront desservies, sous réserve de l'engagements des industriels. Les futures éoliennes offshore de la façade atlantique et les prochains EPR 2 de Penly, Gravelines et Bugey feront également l'objet d'une attention particulière.

Les évolutions à venir en termes de production et de flux de l'électricité.
Les évolutions à venir en termes de production et de flux de l'électricité. © RTE

Les lieux de production et de consommation de l'électricité étant amenés à évoluer, comme on peut le voir sur les cartes ci-dessus, des congestions pourraient survenir par endroits. Pour éviter cela, RTE préconise le renforcement de ce qu'il appelle «la grande colonne vertébrale du réseau», soit le réseau à haute tension de 400 000 volts. Une véritable autoroute permettant de faire circuler des flux très importants d’électricité. RTE identifie cinq grandes zones géographiques prioritaires à l’Ouest, à l’Est et au Sud de la France entre 2030 et 2040, notamment l’axe du Massif central et la ligne entre la Picardie et la Normandie. Coût de l’opération : environ 16,5 milliards d’euros.

Un plan à presque 94 milliards d’euros sur 15 ans, financé par de l’endettement à faible taux. Il ne devrait toutefois pas avoir de conséquences financières majeures pour les Français. «Le coût du transport représente seulement 7% de la facture. Par ailleurs, le cadre a été déjà été fixé pour quatre ans, correspondant à une augmentation d’environ un euro par an», a rassuré Thomas Veyrenc. RTE assure aussi que son plan serait plus compétitif que ceux d’autres pays européens comparables comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne. Il devrait être adopté début 2026, après la remise des avis du ministère de l’Energie, de la Commission de régulation de l’Energie et de la Commission nationale du débat public.