Face aux critiques sur des prix jugés trop élevés, la patronne d’Eurostar assume. Dans un entretien à l’AFP, relayé par BFM TV ce mercredi 9 juillet, Gwendoline Cazenave justifie la politique tarifaire de l’entreprise. La directrice générale met en avant la qualité de service, tout en soulignant la saturation des infrastructures. «Eurostar, ce n'est pas une compagnie low cost», lance-t-elle. Présente dans la délégation d’Emmanuel Macron lors de sa visite d’Etat au Royaume-Uni, Gwendoline Cazenave souligne les résultats obtenus grâce à cette stratégie : «La politique de service et la politique de prix que nous avons chez Eurostar, elle nous permet d'avoir 80%» de part de marché sur le Londres-Paris face à l'avion, affirme-t-elle.

Un chiffre «qui prouve», selon elle, que la compagnie répond à la demande sur ce segment ultra-fréquenté. Les billets Eurostar sont souvent bien plus chers que ceux de l’avion, incitant nombre de voyageurs à préférer ce dernier, malgré un impact carbone bien supérieur. Aux heures de pointe ou lors des grands départs, un aller-retour dépasse fréquemment les 350 euros.

Achat de 50 nouveaux trains

«Nos voyageurs savent que s'ils anticipent, ils peuvent voyager de Londres à Paris pour 39 pounds (soit 44 euros)», assure Gwendoline Cazenave. Elle rappelle également l’existence du service Eurostar Snap, qui propose des billets à prix réduits en dernière minute, bien que l’horaire du train ne soit alors pas communiqué à l’avance. Chaque année, 8 millions de personnes voyagent entre Londres et Paris via Eurostar. Mais cette croissance est désormais freinée par un problème structurel : les infrastructures ferroviaires à Londres St Pancras et à Paris Gare du Nord sont saturées. «Il faut plus de place», insiste la patronne d’Eurostar. «Et ça, c'est vraiment le métier des institutionnels et des politiques publiques», précise-t-elle.

Consciente du potentiel de développement, Eurostar prévoit d’acheter jusqu’à 50 nouveaux trains, avec un choix de constructeur attendu d’ici fin 2024. L’objectif est ambitieux : accueillir 2 millions de passagers supplémentaires sur la ligne Paris–Londres d’ici 2030. En parallèle, deux nouvelles lignes au départ de Londres vers Genève et Francfort devraient voir le jour à la même échéance.

Selon l’entreprise, la capacité actuelle de la gare de Londres est de 1 800 voyageurs par heure, un chiffre qu’elle espère porter à près de 5 000 en 2028. Une extension jugée nécessaire, d’autant que plusieurs concurrents ont exprimé leur volonté d’entrer sur le marché : Trenitalia, Virgin, Evolynet Heuroont, tous ont manifesté leur intérêt. Alors qu’Eurostar détient encore une position dominante, l’ouverture à la concurrence est attendue par de nombreux usagers.

Pour Gwendoline Cazenave, cette évolution serait bénéfique à tous les niveaux : «Ils pousseront encore plus les murs avec nous», affirme-t-elle. Et de conclure : cette concurrence sera «bonne pour la planète, bonne pour les clients, bonne pour la société».