
Véritable phénomène de la fintech, Mounir Laggoune venait, il y a un peu plus de cinq ans, bousculer l’univers feutré de la banque privée en y lançant Finary, une start-up hybride, à la fois plateforme de gestion de patrimoine en ligne et média spécialisé en pédagogie financière. Son ambition à travers cet outil d’un genre nouveau ? Combler les lacunes des Français en matière de finance pour les réconcilier, enfin, avec l’investissement.
Vous avez créé Finary fin 2020, qu’est-ce qui vous en a donné l’idée ?
En 2019, lorsque j’ai quitté Trainline, je me suis retrouvé pour la première fois avec un patrimoine. Je me suis tourné vers les banques privées et j’ai découvert un système très archaïque, avec rendez-vous en présentiel et fichiers PowerPoint, dont l’objectif était clairement de me vendre quelque chose plutôt que de chercher à répondre à mes besoins. C'était très loin des attentes d’une clientèle jeune qui voulait du digitalisé, du rapide... C’est ce constat qui nous a conduits, Julien Blancher et moi, à imaginer une alternative apte à démocratiser l’offre sur mesure des banques privées.
Vous dites avoir voulu redonner le pouvoir aux épargnants. Comment ?
D’abord en concevant un tableau de bord où tout est visible et automatiquement agrégé : comptes bancaires, immobilier, actions, assurance vie, épargne entreprise… Cette capacité à offrir à nos clients une vue globale et en temps réel de leurs actifs était totalement inédite. On leur redonnait effectivement du pouvoir avec une vision exhaustive de leur patrimoine, puis une analyse de ses forces et faiblesses - notamment via une fonctionnalité qui calcule les frais en tous genres et leur coût sur le long terme -, et enfin, avec un accompagnement vers l’investissement.
Au final, comment définiriez-vous Finary ?
C’est une plateforme d'investissement hautement régulée et un prestataire de services en actifs numériques. On est également conseiller en investissement financier, courtier en assurances et, bientôt, entreprise d’investissement, ce qui va nous permettre de lancer PEA et compte-titres, et ainsi de couvrir tous les besoins de nos clients. On engage 3,8 millions d’euros pour obtenir cette dernière licence qui fait de Finary un espace unique où suivre, gérer et optimiser son épargne.
Quel est votre objectif avec cet outil, encourager l’investissement ?
Tout à fait. En France, on est les champions de l’épargne - qui représente environ 20% de nos revenus nets - mais les cancres de l’investissement. Notre épargne va sur des livrets A et des fonds en euros qui, généralement, rapportent moins que l’inflation, mais on n’ose pas agir pour l’optimiser. Notre ambition est de changer cet état de fait en transformant les Français en investisseurs, autrement dit, en citoyens qui coûteront moins à l'Etat. Contrairement au politique, la nouvelle génération l’a compris.
Comment expliquez-vous cette frilosité face à l’investissement ?
Essentiellement par l’absence d’éducation financière. Sur 15 000 heures d’enseignement reçues en moyenne durant notre scolarité, pas une seule n’est dédiée à la gestion de nos propres finances. C’est pour combler cette carence que, dans la foulée de la création de Finary, nous avons lancé notre chaîne YouTube. Parce que nous avons compris que, pour commercialiser notre offre, il fallait commencer par éduquer les gens. Le faire via la vidéo était le moyen le plus efficace de faire passer les messages, et ça cartonne. Fin 2024, j’ai aussi publié «Investir pour être libre». Le fait que ce soit le livre sur la finance le plus vendu prouve un vrai intérêt pour le sujet.
Au-delà de constituer un frein à l’enrichissement personnel, cet excès de prudence nuit-il à la croissance ?
Bien sûr. Si les Français investissaient plus en actions, cela boosterait l’économie et créerait de l’emploi, selon un cercle vertueux d’autant plus stratégique que l’Europe a besoin de se réaffirmer vis-à-vis des Etats-Unis et de la Chine, c’est un enjeu de défense nationale ! C’est pour cela que je veux démystifier la finance, la rendre compréhensible et profitable au plus grand nombre. Grâce à la technologie, ça n’a jamais été aussi simple et aussi peu cher d’investir. La seule barrière qui perdure est celle de la compréhension. D’où l’impératif d’éduquer.

Votre start-up compte déjà 70 salariés et 850 000 utilisateurs… le contexte est donc porteur ?
C’est une certitude. La première cause de dépression dans les pays développés vient des problèmes d’argent. Ajoutez à cela la remise en cause de notre modèle social - plus de 80% des moins de 35 ans pensent que leur retraite ne suffira pas à subvenir à leurs besoins - et les inquiétudes que cela suscite… Finary s’inscrit dans ce moment-là. Surtout, les boomers, qui se sont énormément enrichis, commencent à transmettre. Entre 200 et 300 milliards d’euros vont être transmis chaque année sous forme d'héritage sur les deux prochaines décennies. Cela va profiter aux plateformes qui proposent des services innovants.
En septembre dernier, vous réalisiez une levée de fonds de 25 millions d’euros, dans quel but ?
Au total, nous avons levé 38 millions d’euros depuis la création de Finary. Notre activité est complexe et coûteuse. Lever des fonds permet une assise financière et contribue à instaurer la confiance essentielle à notre business. Pour profiter de ce contexte très porteur, on s’est dit qu’il nous fallait de quoi accélérer notre développement. Nous avons pu ainsi embaucher les meilleurs talents pour créer de nouvelles interfaces, muscler le marketing et investir dans le pilier essentiel de la conformité, pour être en règle sur les sujets réglementaires et de sécurité.
Aujourd’hui, quelle est votre ambition ?
Poursuivre l'expansion de notre offre et intensifier notre marketing pour atteindre un milliard d’encours sur les douze mois à venir. On est à 200 millions aujourd’hui et on croît très vite grâce aux produits d’investissement : cryptos, assurance vie, mais aussi gestion privée avec Finary One, service pensé pour nos clients qui ont plus de 500 000 euros à investir et qui veulent rester en contrôle de leur épargne. Et à terme, on ne s’interdit pas un développement à l’international.
Ses 3 conseils
- Bien choisir son ou ses associé(s). Julien et moi sommes très complémentaires et, surtout, on a une confiance absolue l’un en l'autre. C’est la clé.
- Suivre son instinct. On m’a dit que personne ne ferait confiance à une plateforme et/ou regarderait une chaîne sur la finance… toutes deux cartonnent.
- Etre persévérant. L’entrepreneuriat, c’est le déséquilibre entre vie pro et vie perso. Il faut cesser de croire qu’on peut y arriver autrement.
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