Derrière les étiquettes soignées et les discours de terroir, un arrière-goût amer : celui de la fraude. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) vient de jeter un pavé dans la mare. Entre 2022 et 2023, l'organisme a enquêté sur plus de 7 800 professionnels du vin, des vignes à l’étagère de supermarché (1 600 établissements de production et 6 200 distributeurs). Verdict ? Une cuvée bien trop chargée… en infractions. 38% des producteurs –récoltants, coopératives, négociants, fabricants de produits œnologiques– et 42% des distributeurs –grande distribution, cavistes, sites de vente en ligne, bars, restaurants– ont été pris la main dans le sac. Des chiffres qui donnent le tournis, surtout quand on se penche sur la nature des anomalies et des manquements.

Si certains relèvent de simples erreurs d’étiquetage ou de flou sur la réglementation, d’autres relèvent carrément de la tromperie. Des vins de négoce présentés comme des crus de domaine, des mentions environnementales sans fondement, et pire encore : des vins étrangers «francisés» pour séduire le patriote œnophile.

Avertissements, amendes et poursuites pénales

Mais la palme revient aux falsifications œnologiques, une expression chic pour désigner ce qui s’apparente ni plus ni moins à de la triche : ajout d’eau, colorants interdits, sucre versé au-delà des seuils autorisés. On frôle la contrefaçon. Résultat : sur les 600 producteurs épinglés, une majorité a reçu des avertissements et des injonctions de mise en conformité, mais 15% des suites ont donné lieu à des amendes et des poursuites pénales.

Du côté des distributeurs certains contrôles ont révélés des pratiques assez scandaleuses. Par exemple, substituer à l’insu du consommateur un vin par un autre vin moins onéreux. C’est le cas d’un club de la ville de Rennes qui remplaçait du Champagne par des vins mousseux. Chez les distributeurs, seulement 3% des contrôles (soit 186 cas) ont donné suite à des amendes ou des procès-verbaux pénaux.