
Sueurs froides chez les industriels français. Après plusieurs mois d’accalmie, le spectre de la guerre commerciale refait surface, invoqué par les Etats-Unis et la Chine qui rivalisent de menaces. Et le conflit n’épargne pas l’Europe. En effet, jeudi 9 octobre, le gouvernement chinois a provoqué un tremblement de terre dans les usines occidentales en annonçant de nouvelles restrictions sur les exportations de terres rares. Si elles sont effectivement mises en œuvre, ces mesures de rétorsion pourraient mettre en difficulté les entreprises qui dépendent de ces matériaux. Et elles sont nombreuses.
Pourquoi tant d’inquiétude ? Selon ces nouvelles mesures, une entreprise devra obtenir le feu vert des autorités chinoises pour exporter n’importe quel produit contenant ne serait-ce que 0,1% de terres rares minées ou raffinées en Chine, y compris si le produit a lui-même été fabriqué hors de Chine…. Si la règle envisagée est autant problématique, c’est que la Chine règne en maître sur ce domaine : le pays contrôle environ 70% des capacités d’extraction de terres rares. Pour les capacités de raffinage, sa mainmise est estimée à 90%. Et ces métaux se retrouvent dans une grande variété de produits, y compris dans des secteurs sensibles : voitures, éoliennes, satellites made in France, systèmes d’armement…
En limitant les exportations de terres rares, la Chine cible les armées occidentales
Les mesures pourraient entrer en vigueur le 1er décembre 2025. Experte de la Chine, la chercheuse Camille Brugier résume le problème qui se pose pour les entreprises françaises. «Si la France veut vendre un avion aux Pays-Bas, et que cet avion est composé à plus de 0,1% de produits visés, le constructeur français devrait théoriquement demander une licence d’exportation au ministère du Commerce chinois pour exporter son produit vers les Pays-Bas», explique la chercheuse sur LinkedIn. Selon elle, le seuil très bas, de 0,1%, retenu par la Chine concerne «à peu près tous les produits ayant des composantes digitales». Une perspective inquiétante, d’autant plus que la Chine cible les acteurs de la défense. «Le ministère du Commerce a clairement indiqué que toute demande d'utilisation de terres rares à des fins militaires serait automatiquement rejetée», relève Gracelin Baskaran dans une note du think-tank américain Center for Strategic and International Studies.
En-dehors de la défense, les exportations ne seront pas forcément refusées. Mais l’obtention d’une licence d’exportation peut se traduire par des difficultés administratives, voire des ralentissements d’activité et des arrêts de production. Des déboires qui ont déjà été constatés dans les usines de voitures. L’inquiétude est d’autant plus élevée dans le secteur automobile que les constructeurs européens sont en concurrence frontale avec les marques chinoises qui veulent imposer leurs modèles sur les routes du Vieux Continent.
Les Etats-Unis et la Chine montrent les muscles puis calment le jeu
Pour ne rien arranger, les marchés boursiers ressemblent à des montagnes russes. Échaudé par le gouvernement de Pékin, le président américain Donald Trump avait menacé vendredi 10 octobre d’imposer 100% de droits de douane supplémentaires sur les produits chinois, ce qui a fait brutalement chuter les actions américaines. Mais le dimanche 12 octobre, les deux camps rivaux ont adouci leur ton, ce qui a rassuré les marchés boursiers ce lundi 13 octobre. «Le très respecté président (chinois, ndlr) Xi a juste eu un mauvais moment. Il ne veut pas de dépression pour son pays, et moi non plus», a écrit Donald Trump sur son réseau social Truth Social. De son côté, le gouvernement chinois a évoqué d’éventuelles «mesures de facilitation» pour préserver les liens commerciaux.
«La position de la Chine sur la guerre commerciale est cohérente : nous ne la voulons pas, mais nous ne la craignons pas», a tout de même ajouté le porte-parole du ministère du Commerce chinois. Tout cela revient à montrer les muscles avant le sommet de l’Apec (Coopération économique pour l'Asie-Pacifique), prévu fin octobre. Lors de cet événement, Donald Trump pourrait rencontrer son homologue chinois Xi Jinping. Ce serait la première entrevue entre les deux chefs d’Etat depuis 2019. Une poignée de main à laquelle sont suspendus tous les industriels de la planète.
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