«C’est le moment idéal pour acheter», a écrit Donald Trump mercredi 9 avril, quelques minutes après l’ouverture de Wall Street, sur son réseau Truth Social. Le message n’est pas passé inaperçu. Quelques heures plus tard, alors que les marchés mondiaux vacillaient depuis les annonces du président américain sur la hausse des droits de douane, Donald Trump a finalement décidé de faire volte-face : les surtaxes douanières entrées en vigueur le matin même sont suspendues pour 90 jours. Cette suspension concerne une soixantaine de partenaires commerciaux - à l’exception notable de la Chine, pour laquelle les droits de douane grimpent à 145%. Durant cette période, des tarifs réduits, fixés à 10%, resteront en vigueur, notamment pour l’Union européenne.

La réaction des marchés ne s’est pas fait attendre : mercredi, le Dow Jones a bondi de 7,87% en clôture, sa plus forte hausse depuis 2008. Le Nasdaq, lui, a enregistré un saut spectaculaire de 12,16%, inédit depuis 2001. Très vite, des accusations de manipulation ont émergé. «Les proches de Donald Trump profitent-ils illégalement de ces énormes fluctuations du marché boursier par le biais de délit d'initié ?», a interrogé le sénateur démocrate de Californie Adam Schiff sur X. «Le Congrès doit savoir», a-t-il ajouté, appelant à l’ouverture d’une enquête parlementaire. Même tonalité du côté des élus démocrates de la commission des services financiers de la Chambre des représentants, qui ont affirmé : «Le président des Etats-Unis participe littéralement à la plus grande manipulation de marché au monde», également sur X.

Donald Trump a-t-il vraiment manipulé les marchés financiers ?

Les opposants politiques de Donald Trump évoquent un possible délit d’initié. Autrement dit, «le fait d’utiliser une information privilégiée, c’est-à-dire non publique, précise et susceptible d'influencer le cours de la Bourse, afin d’acheter ou vendre des actions avant que cette information soit rendue publique», explique Johann Lissowski, avocat spécialisé en droit boursier, contacté par Capital.

Dans le cas de Donald Trump, on peut en effet imaginer qu’il ait informé certains de ses proches de son intention de suspendre les taxes douanières, leur permettant ainsi d’acheter des actions lorsque leur cours était au plus bas. Mais rien n’est établi à ce stade. «Il faut que la justice ait la preuve que Donald Trump ait communiqué cette information privilégiée à son entourage et que ses proches aient effectivement acheté des actions», précise l’avocat.

Quant au message publié par le président américain sur son réseau Truth Social, incitant à acheter des actions, il ne relève pas du délit d’initié. Aucune «information privilégiée n’est transmise» et son message est «public», justifie l’expert.

De son côté, l’administration Trump a fermement rejeté les accusations. «Il est de la responsabilité du président des Etats-Unis de rassurer les marchés et les Américains sur leur sécurité économique face à l'alarmisme permanent des médias», a déclaré Kush Desai, porte-parole de la Maison Blanche, au Washington Post. A noter que le post de Donald Trump incitant à investir était accompagné des lettres «DJT» - à la fois ses initiales et le symbole boursier de son entreprise, Trump Media & Technology Group. L’action de la société a terminé la journée de mercredi en forte hausse, gagnant 21,67%.