
L’économie de guerre va plus vite près du front. Depuis 3 ans, le tissu productif de l’Ukraine a muté pour soutenir l’effort de guerre, les fabricants de tracteurs devenant par exemple des bases arrière logistiques pour la maintenance des chars et des blindés. Et comme lors de la Seconde Guerre mondiale, ce sont désormais les constructeurs automobiles qui sont appelés au relais.
Ce week-end, Renault a reconnu avoir été contacté par le ministère des Armées français pour s'implanter en Ukraine afin d'y produire des drones destinés à la fois aux forces de Kiev, mais aussi à l'armée française. "Des échanges ont eu lieu, aucune décision n’est prise à ce stade car nous attendons notamment des précisions sur ce projet de la part du ministère", a indiqué Renault à Capital.
D'après Franceinfo qui révélait un peu plus tôt le projet, Renault plancherait avec une PME de défense française afin de déployer des lignes de production "à quelques dizaines ou centaines de kilomètres du front" en Ukraine. Et selon les informations de Capital, il s’agirait de EOS Technologie, une PME française créée en 2018 et présidée par Jean-Marc Zuliani. "C’est un ingénieur général de l’armement et ex-attaché de Défense à Kiev qui est à l’origine de ce projet industriel" entre Renault et EOS, nous confirme une source proche du dossier.
Un drone capable de voler jusqu'à 400 km/h
Il y a un an, EOS Technologie, désormais domiciliée près de Grenoble mais qui dispose aussi d'un site à Mérignac, près de Bordeaux, dévoilait justement un modèle de drone kamikaze baptisé Véloce 330 (voir photo plus haut), capable de parcourir une centaine de kilomètres à une vitesse comprise entre 200 et 400 km/h. "Le drone se monte en 10 minutes par deux opérateurs", précise la société sur son site Internet qui fait aussi partie du programme Generate, l’accélérateur de start-up du Gicat, le groupement des entreprises de défense terrestre.
On ne sait pas encore si c’est ce modèle qui pourrait être produit à une plus grande échelle en Ukraine. Mais le Veloce 330, capable de détruire un char de combat grâce à sa charge explosive intégrée et développée par KNDS (ex-Nexter), a été piloté en partie par la Direction générale de l’Armement (DGA) qui cherche à se doter de munition téléopérées. Il est le fruit d’un appel à projet de l’Agence d’innovation de la défense (AID) qui a fait émerger deux consortiums : l’un autour d’EOS, l’autre autour de la PME toulousaine également spécialiste des drones, Delair.
En mars 2024, Sébastien Lecornu avait confirmé que le ministère des Armées voulait passer commande de 2000 drones kamikazes. "Sur ces 2 000 drones, les 100 premiers ont été commandés à Delair et ils seront livrés en urgence à l’Ukraine", précisait d'ailleurs le ministère qui entend bénéficier des retours d’expérience du théâtre ukrainien pour renforcer son arsenal de drone, pour le moment très limité.
Pour sa part, l'Ukraine table sur plus de 4,5 millions de drones déployés rien que cette année. Un "game changer" puisque ces munitions téléopérées sont responsables de 70% des destructions de matériels ennemis sur le front.



















