
Imaginez un pays où l’Etat décide de réorganiser toute l’activité pour la mettre au service d’un unique objectif : la défense de la nation. Sur le plan public bien sûr, mais aussi pour le secteur privé, en réquisitionnant des outils industriels, des forces humaines et des capitaux si besoin. Cet état d’urgence économique, où tout ou presque est contrôlé par l’administration pour faire face à un conflit, c’est ce qu’on appelle l’économie de guerre.
Si le terme a refait surface en 2022 dans la bouche du président de la République, Emmanuel Macron, lors d’une visite sur un grand salon français de l’armement, quatre mois à peine après le début de la guerre en Ukraine et fait florès depuis dans les médias, il est difficile d’en trouver l’origine exacte. En revanche, le concept s’est clairement développé au début du XXe siècle avec notamment les travaux d’un socialiste, à la fois économiste et philosophe, l’autrichien Otto Neurath (1882-1945).
Même la Russie ne consacre que 6% de son PIB à la défense
«La guerre force une nation à prêter plus d’attention à la quantité de biens à sa disposition, et moins aux quantités d’argent disponibles. En période de guerre, il devient évident, bien plus qu’en temps de paix, que la supériorité se joue dans l’armement, dans l’alimentation, dans le transport», écrit Otto Neurath dans des articles publiés quatre ans avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale. «L’expression doit se distinguer du concept d’“économie en guerre”, ce dernier n’impliquant pas forcément une mobilisation totale à des fins militaires», analyse Eric Monnet, professeur à l’École d’économie de Paris.
Pour Neurath, la planification nécessaire à l’effort de guerre était aussi un moyen de mieux contrôler les cartels privés de l’époque et un capitalisme débridé. Quelques années plus tard, le second conflit mondial a bien montré combien la lutte entre les Etats-Unis et l’Allemagne nazie s’est aussi jouée sur la capacité des premiers à produire toujours plus, mieux et plus vite le matériel militaire nécessaire. A l’époque, 40 à 50% du PIB américain étaient ainsi consacrés à la Défense. Même si l'Europe a annoncé un effort massif en la matière, un big bang qui devrait atteindre 800 millions d'euros, autant dire qu’avec à peine 2% pour les pays de l’Union européenne et 2,7% pour les membres de l’Alliance atlantique (Otan) on en reste loin aujourd’hui. Même la Russie (autour de 6%) n’y est pas encore, contrairement à l’Ukraine, proche de 37% en 2023.
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