
Savoir conduire après seulement 20 heures de pratique ou vider un lave-vaisselle : ces tâches, pourtant aisées pour un humain, restent hors de portée des IA les plus puissantes. La vision de Yann Le Cun prend racine dans ce constat. En créant AMI Labs, pour «Advanced Machine Intelligence Labs», le lauréat du prix Turing 2018 (équivalent du prix Nobel en informatique) veut insuffler aux machines la capacité d'apprendre par l’observation, comme un enfant.
Ce pionnier de l’intelligence artificielle et ancien directeur scientifique de Meta, serait en passe de lever un demi-milliard d’euros pour sa structure - ce qui la valoriserait à hauteur de 3 milliards d’euros -, selon le Financial Times. Ceci, sans disposer d’aucun produit. Le décalage entre la jeunesse de l’entreprise et ces chiffres vertigineux en fait l’un des événements financiers les plus marquants de ce début d’année 2026.
Le blocage
Accusé d'augmenter la charge administrative des entreprises au point de constituer un frein à l'innovation, l’AI Act est critiqué par de nombreux acteurs économiques. La Commission européenne propose donc un texte de «simplification», le Digital Omnibus, destiné à alléger cette charge.
Passer d’une IA qui «parle» à une IA qui «comprend»
Son projet s'appuie sur un tandem formé avec, à la direction opérationnelle (CEO), Alexandre Lebrun, cofondateur de la start-up française en intelligence artificielle pour la santé Nabla. Cette dernière a d’ailleurs conclu un partenariat de recherche stratégique avec AMI Labs. Les deux hommes se connaissent bien. Leur collaboration a débuté en 2015, lors de la création de l’antenne parisienne de Fair («Fundamental Artificial Intelligence Research», précédemment connue sous le nom de «Facebook AI Research»), le laboratoire de recherche qu’a dirigé Yann Le Cun pour Mark Zuckerberg. Dernièrement, on a appris que Laurent Solly, ex-directeur Europe de Meta, rejoignait également le duo.
En provoquant «la prochaine grande révolution de l’IA», AMI Labs souhaite passer d’une IA qui «parle» (les LLMs, tels GPT ou Gemini) à une IA qui «comprend» le monde physique. D’après son fondateur, les grands modèles de langage ne suffiront jamais à atteindre une intelligence humaine. Lui se donne pour mission de doter ses systèmes d’une mémoire, les rendant capables d’anticiper et de planifier des séquences d’action complexes. Ce sont les «world models», des «représentations du monde» dotées d’une architecture appelée JEPA (Joint Embedding Predictive Architecture).
Le siège à Paris et l'ouverture prochaine de bureaux à New York
D'origine française et diplômé de l'université Pierre-et-Marie-Curie (devenue Sorbonne Université), Yann Le Cun a toujours conservé des liens étroits avec l'Hexagone. A plusieurs reprises, le président Macron l'a d'ailleurs qualifié de talent à qui il fallait «donner les moyens de s’épanouir» sur le sol français. La stratégie nationale en matière d’IA, visant à faire de la France une pionnière de l’innovation européenne et mondiale, a sûrement influencé son choix de faire de Paris le siège d'AMI Labs, tout en prévoyant l'ouverture prochaine de bureaux à New York.
Reste à savoir si les exigences européennes en vigueur sur le secteur ne seront pas de nature à freiner les ambitions de la startup. «Pas au stade de la R&D, estime Jérémy Bensoussan, qui dirige le pôle droit de l’IA et contentieux technologiques pour le cabinet Lexing. Le règlement européen sur l’IA, l’AI Act, encadre des solutions terminées». A voir si celles envisagées par AMI Labs s'inscriront dans un cadre réglementaire particulièrement contraignant, comme c'est le cas, rappelle l'avocat, pour les secteurs considérés à hauts risques comme la biométrie, l'éducation et l'emploi, ou encore l'accès aux services publics.
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