
AION, c’est l’“équipe de France” de l’IA européenne avec 8 groupes : Orange, Capgemini, Ardian, Artefact, Bull, EDF, Iliad, et Scaleway qui montent un dossier à 10 milliards pour installer une gigafactory de calcul en Europe, en France si possible. «L’idée est simple : soit l’Europe construit ses propres centrales de puissance de calcul, soit elle continue à louer ses neurones aux clouds américains, avec la dépendance et la facture qui vont avec», souligne James D. Touati (dit le Loup de Zurich), consultant, formateur, trader et président-fondateur de The Nest, sollicité par Capital.
Or, sur ce terrain, tout le monde ne joue pas la même partition, en Bourse. Orange, Capgemini et Iliad/Scaleway sont clairement les trois chevaux de tête. Orange, déjà perçue comme une “obligation améliorée” avec les dividendes des actions Orange, ajoute une jambe IA souveraine à son statut d’utility numérique. «Si AION se met en place proprement, le marché actions peut accorder une petite prime à cette dimension stratégique : on parle d’un potentiel en Bourse pour les actions Orange de l’ordre de +5 à +10% dans un scénario prudent, et jusqu’à +30% sur plusieurs années si le projet devient un vrai pilier de souveraineté numérique et de cash-flows d’infrastructure», fait valoir l’expert.
«Plus AION fournit de puissance de calcul souveraine, plus Capgemini peut vendre de projets IA
Capgemini, lui, n’est pas dans le béton ni dans les câbles, mais dans le cerveau : plus AION fournit de puissance de calcul souveraine, plus Capgemini peut vendre de projets IA aux banques, industriels, administrations. «Dans un scénario sage, ça reste un bon argument marketing IA, valorisé à +5 à +15% au-dessus du scénario sans AION. Si les contrats se multiplient et que la ligne “IA souveraine” devient visible dans la croissance et les marges, on entre dans une zone de +15 à +30%, voire plus si la part IA explose vraiment dans l’activité», souligne le Loup de Zurich.
Quant à Iliad / Scaleway, «c’est la vraie option», selon lui. Initialement, méfiance possible le temps que le chantier se lance. Mais «si la machine tourne, et que Scaleway se positionne comme mini-hyperscaler IA européen, les ordres de grandeur changent, avec toutefois un risque d’exécution élevé. Là, Iliad / Scaleway ne ferait plus seulement figure d’acteur télécoms agressif, mais aussi d’acteur clé du cloud IA souverain», fait valoir le consultant.
EDF joue une autre partition, Bull pourrait devenir un maillon incontournable de la chaîne de puissance de calcul
EDF est tellement massif qu’AION reste un client de plus dans un portefeuille déjà très chargé. «Sur le narratif, c’est parfait : énergie bas carbone au service de l’IA, la boucle est bouclée. Mais même dans un scénario ambitieux, la taille d’EDF lisse l’effet», juge le Loup de Zurich.
Quant à Bull (Eviden), AION le met en avant comme fournisseur de supercalculateurs et de HPC pour l’IA européenne. Dans un contexte prudent, cela reste un contrat de plus. Mais dans un scénario ambitieux, AION et d’autres projets IA européens «font de Bull un maillon incontournable de la chaîne de puissance de calcul. Là, le potentiel est plus élevé, mais dépend entièrement de la capacité du groupe à se remettre en ordre de marche», selon le consultant.
Un gain de stature clair pour Ardian et un impact potentiellement très positif pour Artefact
Artefact, lui, est dans la catégorie “pure player IA”. Plus il y a de puissance de calcul souveraine, plus les entreprises ont besoin de gens pour la mettre au service de leur business. «Dans un monde prudent, AION lui donne surtout un label souverain supplémentaire et un coup de boost à sa crédibilité. Dans un scénario central à ambitieux, où les cas d’usage IA souverains s’enchaînent et se voient dans les chiffres, Artefact pourrait nettement en bénéficier», juge le Loup de Zurich.
Enfin, Ardian ferme la marche, avec «un gain de stature clair. Financer une infrastructure IA souveraine de cette taille le positionne encore plus comme l’un des architectes de la nouvelle génération d’infrastructures stratégiques européennes, numériques comme énergétiques», selon le consultant.
Jackpot pour Orange et Capgemini si AION passe à la réalité industrielle, quel potentiel en Bourse selon l’analyse financière ?
Si AION passe du slide PowerPoint à la réalité industrielle, «Orange gagne en statut et en prime défensive, Capgemini transforme l’infra en projets et en marges, Iliad/Scaleway se paie une option hyperscaler IA, EDF renforce son récit “énergie bas carbone + industrie”, Bull redevient un actif stratégique, Artefact capitalise sur la demande IA souveraine et Ardian se pose en banquier officiel de cette nouvelle brique de souveraineté», résume le Loup de Zurich. Le reste, ce sera la capacité de chacun à délivrer, parce que le marché actions, lui, ne paye pas les communiqués de presse, mais les chiffres.
Quel potentiel en Bourse pour les actions Orange et Capgemini, selon l’analyse financière ? Le juste prix estimé des actions Orange est de 21,60 euros, selon Goldman Sachs, qui conseille d’acheter la valeur. Et les actions Capgemini ont du potentiel a priori, puisque le juste prix en Bourse est estimé à 139 euros par Bank of America, qui juge Capgemini bien placé dans le cloud, le digital et l'IA générative. Et si le projet AION est un succès, le potentiel en Bourse d’Orange et Capgemini pourrait être encore plus élevé.
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