
Fortune, succession, classement, concurrence, collection pharaonique de grands millésimes… la série Les Gouttes de Dieu brasse autant de raisins que de millions d’euros, de dollars et de yens. Dans cette fiction, on suit le parcours en forme de compétition de Camille et d’Issei. Camille la fille et Issei le dauphin, deux talents pour un seul poste, la succession d’Alexandre Léger, cet homme tout à la fois génial et excessif et, surtout, surtout créateur d’un des plus grands guides de vins.
Un guide qui a fait sa richesse en bousculant les éternels classements, un guide plébiscitant des petits producteurs portés par l’excellence ou égratignant sans complexe des grandes maisons qui se laisseraient aller. Un monde des élixirs mais surtout un univers impitoyable de réputation, d’argent, d’investissement colossaux et, in fine, de notations et de ranking. Ici, les breuvages et leurs arômes de mousse ou de pomme, leurs reflets pourpres ou violets valent de l’or, et parfois bien plus… Il suffit de croiser la route d’un Cheval Blanc ou d’un Vega Sicilia : ce divin liquide est souvent du côté de Ploutos, le dieu de l’argent.
48 millions d'hectolitres de vins produits en France
Cette série est aussi une promesse esthétique, un voyage – une balade entre vignobles français et italiens, entre Paris et Tokyo. La signature cinématographique reste particulière, peut-être parce que cet opus est issu d’un manga, et certainement aussi grâce à l’œil d’Oded Ruskin, le réalisateur. Camille, la fille, hume le vin avec subtilité, Issei, l’élève, est plus technique, plus assuré, mais tous deux sont de ces gens qui reconnaissent des vins en les goûtant, voire juste en les sentant et en les regardant…
Mais derrière ces délicatesses se cachent d'énormes enjeux pécuniaires, une compétition entre les deux «enfants» pour s'attribuer la fortune d’Alexandre, cet héritage impressionnant de 87 000 bouteilles de vin estimées à 140 millions d’euros – le vin, cette ivresse économique. Car le monde viticole est bien une économie à part entière, dépendant de ces milliards de grains de raisin qui mûrissent sur les ceps de vigne de Californie ou de la cordillère des Andes. 244 millions d’hectolitres, voici la production mondiale de ce breuvage en 2023, 48 millions pour la France, 38 pour l’Italie, 24 pour les Etats-Unis.
L'œnotourisme en plein développement
Autant de liquide qu’il aura fallu travailler, porter à maturité, qu’il faut écouler, livrer, exporter, et qui finira par se répandre dans les verres du monde entier. Une production, un savoir-faire, une chaîne logistique efficace, du marketing, et des critiques qui, via leur guide, auront droit de vie et de mort sur tel ou tel breuvage… Dans Les Gouttes de Dieu, c’est Alexandre qui aura fait et défait des centaines de réputations. D’un coup de crayon, de quelques lignes dans son encyclopédie du classement. A l'instar du «Guide Dussert-Gerber» ou à ce «Guide Hachette des vins» et ses «coup de cœur» de la semaine.
Sans oublier les reportages façon œnotourisme : quelles cuves visiter cet été, quelle route des vins emprunter, quel château, quel domaine ? En 2023, Atout France estimait le nombre d’œnotouristes dans notre pays à 10 millions de personnes… soit 5 milliards d’euros de recettes générées.
Le monde du vin cumule bien des avantages. Il est art de vivre, il sait enivrer, il est culture, et il génère des revenus importants… comme une robe de velours dissimulant un monde sans pitié. La série décrypte avec justesse et finesse toutes ces facettes… quant aux gouttes de Dieu… mystère !
*Virginie Martin est politologue et professeure à Kedge Business School



















