
«Nous réalisons plus de 25% de notre chiffre d’affaires en janvier», observe Calixte Payan, fondateur de Sober Spirits. «Mais si le pic est en janvier, la consommation s’étale désormais sur toute l’année, avec des temps forts en septembre ou au printemps». Sportifs, femmes enceintes, clients de restaurants ou consommateurs attentifs au sucre : les profils se multiplient. Et la consommation se déplace : il ne s’agit plus de renoncer à l’alcool, mais d’alterner, de modérer, sans renoncer au plaisir.
Le phénomène est mondial. Plus de 1 000 marques de spiritueux sans alcool coexistent aujourd’hui, portées par une clientèle majoritairement non abstinente. «Près de 90% de nos clients boivent aussi de l’alcool. Le sans-alcool n’est pas un substitut, c’est un usage complémentaire», insiste Calixte Payan.
Lancée en 2022, Sober Spirits s’est imposée en quelques années comme l’un des acteurs français les plus offensifs à l’international. Sa spécificité : partir de vrais spiritueux (rhum, whisky, gin) pour en extraire uniquement l’alcool, grâce à un procédé à basse température inspiré de la parfumerie. «On ne désalcoolise pas, on extrait l’éthanol pour préserver la structure et le goût», explique son fondateur.
Présente dans plus de 35 pays, la marque cible les bars à cocktails, l’hôtellerie haut de gamme et l’export. Récompensée à plusieurs reprises par des jurys de bartenders et de sommeliers, l’entreprise prépare aujourd’hui une levée de fonds. «Chaque année, nous doublons notre chiffre d’affaires, et nous avons besoin de moyens pour accélérer commercialement», précise Calixte Payan.
La sobriété comme positionnement
Fondée en 2020, JNPR Spirits a choisi une autre voie : une distillation directement sans alcool, à base de plantes, sans chercher à imiter à tout prix les alcools traditionnels. «Notre ambition était d’élever le standard du sans alcool, pas de faire un ersatz», résume sa fondatrice Valérie de Sutter. Très présente en ligne et dans les établissements spécialisés, la marque revendique une croissance à deux chiffres et environ 1 500 points de vente en France.
En 2025, l’entrée minoritaire de Rémy Cointreau à son capital a marqué un tournant. «Le sans alcool n’est plus marginal, c’est une tendance de fond que les grands groupes d’alcool ne contestent plus», affirme Valérie de Sutter.
Et demain, le kombucha ?
En marge des spiritueux sans alcool, le kombucha gagne du terrain dans la restauration. Archipel, jeune maison artisanale, mise sur la fermentation et le terroir. «On veut offrir une vraie boisson de dégustation sans alcool, avec la complexité d’un vin ou d’un cidre», explique Achille Miklitarian, cofondateur. Encore modeste, ce segment pourrait devenir le prochain relais de croissance du sans alcool premium.


















