Inventeur du Nutella, du Rocher praliné ou de l'œuf Kinder, Michele Ferrero a durant des décennies reproduit un cérémonial immuable à Alba, son fief historique du Piémont italien. Afin d’évaluer ses trouvailles dignes de Willy Wonka, il réunissait son comité de direction pour un goûter bien particulier. Des petits sachets transparents sans étiquettes étaient posés sur les tables, contenant des dizaines de gourmandises développées par ses équipes. Loïc Lallier, directeur marketing dans l’entreprise depuis vingt ans, se souvient de ce rituel "magique" auquel il a parfois participé.

"On avait l’impression qu’il nous confiait ses enfants. Nous devions donner notre avis sur chaque produit, dans les moindres détails, les comparer les uns aux autres pendant des heures, en crachant chaque bouchée et en se rinçant la bouche à l’eau, comme pour du vin." Le maestro guettait avec attention les mimiques pour en tirer ses conclusions… Beaucoup des recettes ainsi testées n’ont jusqu’ici jamais vu le jour. Mais peut-être sortiront-elles bientôt des grimoires de Ferrero ?

Car six ans après la mort de Michele, et alors que son fils Giovanni est désormais aux manettes, le roi de la noisette sort des nouveautés à un rythme effréné. En cinq ans ont débarqué en rayon des gâteaux fourrés (Nutella B-Ready, Nutella Biscuits, muffins Nutella), des gaufrettes pour enfants (Kinder Cards) ou des biscuits petit déjeuner (Kinder CereAlé). Cet été, des glaces Ferrero Rocher viendront défier les bâtonnets Magnum et Häagen-Dazs. Autant de diversifications inédites pour une entreprise jusque-là très centrée sur ses produits phares. "Nous avons toujours innové, mais la fréquence a accéléré", reconnaît Frédéric Coti, directeur de la transformation de Ferrero France. Avec succès : à chaque fois, ces sucreries s'arrachent et atterrissent sur le podium des lancements les plus performants de l’année, comme s’il s’agissait d’une science exacte.

En 2020, le confiseur dont le siège est au Luxembourg réalisait 12,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires (dont un dixième en France), en hausse de 7,8% malgré la pandémie, pour un résultat opérationnel de 1 milliard d’euros. La plus grande part de ce magot provient encore des grands classiques : le pot de Nutella de 1 kilo était en France la référence la plus vendue en valeur, hors boissons (96 millions d’euros de chiffre d’affaires selon Nielsen), devant le beurre Président et les Ferrero Rocher. Mais les biscuits Nutella arrivaient en neuvième place de ce classement tant convoité, avec 50 millions d’euros au compteur.

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