Les Français raffolent de ces petits comprimés blancs, qui soignent leurs douleurs, migraines et fièvres. Si bien que pour fabriquer ce médicament star, le Doliprane, les machines de l’usine de Sanofi à Lisieux (Calvados) ne s’arrêtent jamais, et crachent leurs pilules au rythme de 5 millions par jour. En guerre contre les pénuries, les salariés normands avaient même battu leurs records de production lors de l’hiver dernier, pour surmonter une triple épidémie de Covid-19, de grippe et de bronchiolite. Histoire de tenir la cadence, la direction avait même annoncé, en octobre 2023, un investissement de 20 millions d’euros sur le site. Bref, l’usine avait tout pour symboliser le renouveau de souveraineté industrielle et sanitaire, que le gouvernement appelle de ses vœux depuis la crise du coronavirus…

La scission historique de sa branche grand public

Seulement voilà : quinze jours seulement après cette décision d’investissement, le laboratoire pharmaceutique annonçait la «séparation» du reste du groupe de sa branche grand public, incluant le Doliprane, mais aussi d’autres traitements du quotidien, contre les allergies, le rhume, la toux ou les symptômes digestifs. En plus de l’usine de Lisieux, 12 autres sites mondiaux sont concernés par cette scission, et pas moins de 11 000 salariés.

La nouvelle ne les a évidemment pas ravis, et certains d’entre eux avaient par la suite manifesté devant le campus de Sanofi à Gentilly (Val-de-Marne), en jetant de faux billets imprimés à l’effigie des dirigeants du groupe, d’hier et d’aujourd’hui. Pour être sûr de se fâcher avec tout le monde, Sanofi est aussi revenu, le jour même de l’annonce de cette scission, sur ses objectifs financiers. L’abandon de l’objectif d’une marge opérationnelle de 32% pour 2025 avait alors fait plonger le cours de Bourse de presque 19%. Avec près de 25 milliards d’euros de capitalisation envolés, la société n’avait pas connu pire séance depuis 1989, selon les archives de Bloomberg.

L’épisode ne va pas arranger la mauvaise réputation qui colle à ce géant aux 91 000 salariés : celle d’un laboratoire incapable d’innover tout seul, et en passe d’être déclassé dans la course mondiale entre «big pharma», les leaders du secteur. C’est ainsi que, selon le cabinet Evaluate Pharma, le groupe, cinquième laboratoire mondial en 2017, pourrait se voir rétrogradé à la neuvième place cette année. Le diagnostic, sombre, avait pourtant été posé par Paul Hudson dès son arrivée à la tête de l’entreprise, en 2019. «Notre R&D doit gagner en crédibilité», avait-il alors euphémisé.

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