
Une parenthèse avant un profond changement ? La décision du Parlement de prolonger la possibilité de faire ses courses alimentaires avec des tickets-restaurant jusqu’à fin 2026 (et non uniquement de payer des produits pour une consommation immédiate) marque un tournant. Ce sursis, après plusieurs semaines d'incertitude juridique, a été un soulagement pour les six millions de Français qui utilisent ce dispositif. Mais le bonheur des uns provoque la grogne des autres. Les restaurateurs, en particulier, ne cachent pas leur mécontentement face à cette situation qui les a privés de 600 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024.
Bien que cette extension soit temporaire, une réforme plus profonde et durable est déjà dans les tuyaux. Pour Capital, Malena Gufflet, directrice générale de Pluxee France, nouveau nom de la filiale du géant de la restauration collective Sodexo qui propose des services aux entreprises dont des titres-restaurant, nous décrit les évolutions que pourrait contenir cette future loi.
Capital : Êtes-vous favorable à la prolongation de l’utilisation des titres-restaurant à l’ensemble des achats alimentaires dans les grandes surfaces ?
Malena Gufflet : Le titre-restaurant est un avantage certain pour les salariés et la préservation de leur pouvoir d’achat. Nous entendons la volonté du gouvernement pour la prolongation du dispositif, mis en place depuis 2022, et nous comprenons l’intérêt des consommateurs. Cependant, nous défendons l'usage de ces titres pour encourager les pauses déjeuner dans les restaurants. Ils sont le moteur économique pour faire vivre le commerce local, qu’il s’agisse des métiers de bouche comme les boulangers ou des restaurants.
Le gouvernement a annoncé la mise en place de tables rondes avec l’ensemble des parties prenantes (consommateurs, commerce, restauration…), afin de réfléchir à la modernisation de l’utilisation des titres-restaurant. En faites-vous partie ?
Nous avons déjà été sollicités et nous allons prendre part aux débats futurs tout comme la CNTR (Commission Nationale des Titres-Restaurant), qui réunit les acteurs du secteur tels que les organisations professionnelles d'employeurs, les syndicats de salariés, les syndicats de restaurateurs et de commerçants assimilés, et les émetteurs de titres-restaurant.
À ce jour, quelles sont les pistes de réflexion qui sont envisagées ?
Il y a de nombreux projets. Déjà le «plafond différencié», qui proposerait deux montants de dépense distincts : un pour les supermarchés et un pour les restaurants (par exemple sur le montant quotidien de 25 euros, allouer 15 euros à la restauration et 10 euros aux magasins alimentaires, ndlr). Les modalités pour sa faisabilité vont être examinées. Nous étudions également la numérisation totale des titres, ce qui signerait la fin de l'ère du papier. Cette avancée permettrait un sacré gain de temps au niveau administratif aux commerçants et améliorerait la simplicité pour les consommateurs, leur permettant une dépense au centime près (les commerçants ne rendant pas la monnaie sur les titres-restaurant, ndlr). Enfin, il pourrait être question de créer un second titre, complémentaire aux tickets-restaurant pour élargir les options de dépense.
Quelle serait son utilité ?
Ce nouveau titre, inspiré des éco-chèques belges, serait cofinancé par les employeurs et les salariés et permettrait aux consommateurs de l’utiliser pour faire leurs courses dans les grandes surfaces alimentaires, les magasins en circuits-courts, les épiceries solidaires et pourquoi pas pour les articles reconditionnés… Il compléterait le titre-restaurant, axé sur la restauration.
Pour quand cette nouvelle loi de modernisation des usages du titre-restaurant est-elle attendue ?
Comme la prolongation actuelle court jusqu’à fin 2026, nous avons donc deux ans pour réfléchir à une réforme globale et pérenne pour moderniser l’usage des titres-restaurant.

















