
Article sponsorisé par Citeo
Le baromètre Deloitte sur l’état de la filière vrac et réemploi illustre le dynamisme de la filière. Quels sont ses principaux enseignements ?
Ana Fernandez, directrice réemploi chez Citeo : Tout indique qu’on sort de l’expérimentation, qu’on passe à un niveau supérieur, qu’on est face à une vraie filière. Une réalité économique se met en place. Ne serait-ce qu’à iso-périmètre les volumes de réemploi sont à la hausse depuis la première édition du baromètre.
Celia Rennesson, directrice du réseau Vrac et Réemploi : Sur le segment des emballages ménagers, le marché est en train de se consolider et de se développer. Un tissu industriel s’est organisé, les acteurs sont de plus en plus matures... Tous les ingrédients sont réunis pour permettre l’accélération. Et dans ce baromètre, nous avons cherché à élargir les champs d’action, en intégrant de nouveaux périmètres, tems que, par exemple, ceux des emballages professionnels. Ce qui permet de montrer que certains modèles, comme ceux des caisses de légumes ou des palettes, ont déjà fait leurs preuves. Enfin d’autres exemples de livraison, comme celui du Fourgon, qui achemine des produits consignés à domicile, montrent que ce canal de distribution fonctionne ! Plus le réemploi irriguera toute la société, de la conservation, à la livraison en passant par le transport, plus cela deviendra un réflexe.
Quels sont les principaux freins à une diffusion plus massive du réemploi et du vrac ?
Ana Fernandez : Faire du réemploi reste coûteux, il faut inventer un modèle économique qui ne repose pas sur des financements externes mais qui est rentable en tant que tel. Il faut agir sur la pérennité des infrastructures, sur le parc d’actifs. Car nous considérons dans ce modèle que les emballages sont un parc d’actifs, qui donnent lieu à une valorisation, un amortissement, etc. En tant qu’éco-organisme, nous essayons de combler le gap entre le coût de l’emballage réemployable et de l’usage unique. Nous avons développé une gamme d’emballages réemployables, la gamme R cœur, dont deux références, une bouteille fraîcheur 1l et une bouteille ambrée 75cl sont déjà disponibles. L’objectif est d’en faire des standards mutualisables. On a aussi beaucoup travaillé sur la partie aval, le lavage, pour assurer un risque zéro et des précautions d’hygiène maximales. Mais il reste toujours un écart important entre le coût d’un emballage à usage unique et celui d’un emballage réemployé. Il faut combler le gap, il en va de la viabilité du modèle économique. Il faut également renforcer l’offre, créer davantage de volume, aller vers plus de standardisation.
Celia Rennesson : Tant que l’usage unique ne coûte pas plus cher que le réemploi, la bascule aura un peu de mal à se faire. Le modèle économique du réemploi doit être non seulement rentable mais aussi compétitif. Il faut sortir d’une logique court terme et passer à une logique de moyen terme, où l’amortissement est pris en compte. Les mentalités vont évoluer au fur et à mesure de l’augmentation du coût de l’usage unique. Cela peut être lié aux crises politiques, aux soubresauts géopolitiques, aux difficultés d’approvisionnements.
Comment expliquer que certaines entreprises et industries aient déjà franchi le pas, faisant figure de pionnières du réemploi, tandis que d’autres n’ont pas encore amendé leur modèle économique ?
Ana Fernandez : Certains acteurs avaient déjà peaufiné leur modèle, puisqu’ils prenaient appui sur des logiques éprouvées dans le domaine des CHR (cafés-hôtellerie-restauration). Ils pouvaient donc s’appuyer sur un modèle économique mature et ont apporté leur vision, nous ont permis d’identifier les freins. D’autres acteurs n’ont peut-être pas encore identifié l’équation économique qui leur permettra de changer de modèle.
Celia Rennesson : N’oublions pas non plus la volonté, la vision du dirigeant, du top management. Si la direction générale n’est pas engagée, il n’y aura pas de déclencheur. Car transformer le modèle prend du temps et nécessite de solides investissements.
De quelle manière la puissance publique peut-elle accompagner l’émergence de la filière ?
Celia Rennesson : L’Etat doit assumer le triptyque: appliquer-contrôler-sanctionner. Nous avons le cadre réglementaire, mais il manque les moyens de contrôle de son application. Prenons l’exemple de la loi AGEC (anti-gaspillage économie circulaire) qui fixe depuis 2020 une trajectoire de réemploi des emballages. Il y a beaucoup de «carottes», mais il manque les «bâtons». Il faut aussi de la volonté et de la constance politique. Quand on a l’instabilité politique que l’on connaît, difficile d’assurer le pilotage du cadre réglementaire. Mais nous avons reçu un signal favorable. Lors de sa visite au salon Reuse Economy Expo, le Président de la république a annoncé la mise au point d’une stratégie réemploi sous l’égide du Conseil national pour l’économie circulaire. Une stratégie qui devra être affinée avant la fin de l’été.



















