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Opérateur de lavage, épicier, préparateur de commande, data analyst…Qu’ont en commun tous ces métiers ? Réponse : l’appartenance à la filière du vrac et du réemploi. Une filière d’abord artisanale, mise sur pied au gré d’intuitions et d’expérimentations qui se structure d’année en année. En témoigne le baromètre Deloitte sur l’état de la filière qui dresse un état des lieux pour l’année 2024. Pour cette deuxième édition, le périmètre s’élargit pour inclure, outre les emballages ménagers, les emballages professionnels, ceux liés à la consommation nomade et au e-commerce.
Que disent les chiffres ? Que la filière grossit. Le chiffre d’affaires des acteurs dépasse le milliard d’euros et génère 9 000 emplois directs. 20% d’embauches supplémentaires sont attendues d’ici à la fin de l’année. S’il fallait un autre chiffre pour attester du dynamisme de la filière, ce serait celui-ci : 24,2 millions de contenants ménagers ont été collectés, lavés et remis sur le marché. Pour le vrac, les données sont plus contrastées, la part des magasins qui en proposent dans leur rayon est en net recul.
Des usages professionnels massifiés et rentables
Le baromètre montre également une économie à deux segments, avec des phases de maturité bien différentes. Alors que le réemploi des emballages industriels est entré dans une phase industrielle, celui des emballages ménagers reste limité. D’importants gisements de croissance existent aussi pour les emballages liés à la consommation nomade. «Pour que le réemploi fonctionne à grande échelle, il faut toute une chaîne de valeur coordonnée, relève Erwan Harscoet, associé économie circulaire chez Deloitte. Aujourd’hui, les briques technologiques et logistiques existent : les systèmes de traçabilité sont prêts, les solutions de collecte et de lavage se structurent. Le véritable enjeu, désormais, c’est le passage à l’échelle : créer une adéquation entre l’offre des metteurs en marché et la demande des consommateurs afin d’atteindre les volumes nécessaires».
Et avec les retours d’expérience positifs dont bénéficient la filière professionnelle, le champ des possibles s’élargit. «Le baromètre montre que certains usages professionnels du réemploi ont déjà atteint une forme de maturité industrielle, pointe Clara Mottier, pilote du baromètre pour Deloitte. Les flux sont massifiés, les rotations sont maîtrisées et les modèles sont déjà structurés économiquement. L’enjeu, maintenant, c’est de voir comment on peut s’inspirer de ces modèles pour les emballages ménagers, tout en gardant en tête que les usages sont très différents dès lors qu’on fait intervenir le consommateur dans la boucle.»
Une filière qui répond à des objectifs réglementaires
La filière bénéficie en outre du vent porteur des incitations réglementaires. Sur le plan national, la loi anti- gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) acte, outre la fin des emballages plastiques à usage unique, une trajectoire pour le réemploi des emballages. 10% des emballages devront être réemployés, filière par filière, d’ici 2027. La loi climat et résilience s’applique aux commerces de vente au détail, dont la surface est supérieure à 400m2, et fixe un objectif de 20% de produits de grande consommation vendus sans emballage primaire.
Sur le plan européen, 2026 marque l’entrée en vigueur du règlement dit PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation) introduit des objectifs de réductions globales d’emballages et crée des obligations d’offre de produits en réemploi pour les distributeurs.
Vers un changement d’échelle ?
Pour que le secteur continue de se développer, les analystes et les acteurs du vrac et du réemploi parient sur un changement d’échelle. Comme l’indique Clara Mottier, «les briques du système commencent aujourd’hui à être en place : logistique, traçabilité, centres de lavage… Le vrai sujet, désormais, c’est le volume. Parce que sans volumes suffisants, il est très difficile d’atteindre des modèles économiquement viables. Et pour changer d’échelle dans les emballages ménagers, il faudra aller vers des systèmes beaucoup plus interopérables et mutualisés.»
Interopérabilité, standardisation, mutualisation…
Des process à déployer de manière massive car le réemploi a un coût. Il implique de concevoir de nouveaux packaging, de revoir les lignes de production, de reprendre les circuits logistiques, et souvent de modifier l’étiquetage. Mais au-delà de l’aspect environnemental, le réemploi est source de valeur économique. «Dans les cafés, hôtels et restaurants, le réemploi fait déjà partie du quotidien pour les fûts de bière ou les bouteilles en verre, souligne Erwan Harscoet. Cela fonctionne parce que le modèle est à la fois pertinent sur le plan environnemental et performant d’un point de vue économique et logistique.» Et en période de crise, les acteurs ont tout intérêt à se prémunir contre tout risque de pénurie. Donc à changer de modèle industriel et contribuer ainsi à la structuration de la filière.



















