Capital : Le colloque «Housing matters» du 10 mars, au Mipim, présentera «des solutions collaboratives pour développer des logements abordables». Pourquoi avoir choisi ce thème du logement abordable ?

Nicolas Kozubek : Entre 2015 et 2023, les prix des logements ont augmenté en moyenne de 48% au sein de l'Union européenne. Le coût du logement est véritablement sur le devant de la scène depuis deux ans, lorsque la crise immobilière a débuté avec la flambée des taux de crédit, car la cherté de l’accès au logement a été encore plus fortement ressentie par les accédants à la propriété et les locataires. On parle de personnes qui n’ont pas les moyens de vivre dans un logement décent mais également de ménages qui ne peuvent pas se permettre d’acheter ou de louer un bien aussi spacieux ou aussi bien desservi par les transports en commun qu’il le faudrait. Il existe pourtant des solutions pour réduire le coût du logement, qu’il conviendrait de massifier.

Quelles sont-elles ?

La construction hors-site, par exemple, qui ne date pas d’aujourd’hui. Elle a certes eu une connotation un peu négative après la Seconde guerre mondiale, au moment de la reconstruction, mais elle a été réinventée depuis. Ce mode de construction, caractérisé par la fabrication en usines d’éléments d’un bâtiment qui seront ensuite assemblés sur le chantier, permet une production plus rapide, à moindre coût mais de bonne qualité aujourd’hui. Il a par exemple été utilisé pour construire le site Universeine, qui a accueilli les athlètes durant les Jeux olympiques de Paris 2024, et qui se transforme aujourd’hui en un quartier résidentiel et tertiaire.

Au-delà de sa vertu environnementale, le construction en bois, elle aussi, peut s’avérer moins onéreuse. La preuve avec les bailleurs sociaux Grenoble Habitat et Plurial Novilia, à Reims, qui y croient beaucoup. Il y a également le sujet de l’optimisation des mètres carrés existants.

Que voulez-vous dire ?

En Europe, les villes de demain sont en réalité déjà toutes quasiment construites. On ne peut pas bâtir davantage, ce qui implique de résoudre le problème des mètres carrés vacants. A Roubaix, par exemple, il existe une brigade chargée de repérer les locaux vacants afin d’engager leurs propriétaires à les remettre sur le marché de la vente ou de la location. La transformation de bureaux en logements est également une solution, comme le montre le projet Morland Mixité à Paris, avec la reconversion de locaux tertiaires en logements sociaux et en biens disponibles pour l’accession à la propriété.

Enfin, j’ai récemment découvert l’habitat flexible, conçu par l’agence d'architecture Tikoam, dans le Sud-Ouest : le logement évolue avec le cycle de vie de ses habitants, grâce à des meubles-cloisons amovibles qui adaptent les espaces au nombre et à l'âge des occupants. Il ne faut pas identifier trop de solutions pour rendre le logement abordable. Ce qui est important, c'est d’accélérer, d’industrialiser celles qui fonctionnent déjà.

Le 12 mars aura lieu au Mipim le forum des élus. A un an des municipales, ne faut-il pas redouter que les maires délivrent encore moins de permis de construire, aggravant la crise du logement ?

Via ce forum, où élus locaux et représentants des filières de la construction et de l’immobilier pourront échanger, nous espérons avoir un petit rôle dans ce domaine. En amont des élections municipales, cela ne sert personne de se trouver dans une forme d’inertie sous prétexte qu’un maire bâtisseur est un maire battu. Et surtout pas les plus de quatre millions de Français mal logés.