C’est une situation que redoutent tous les propriétaires. Mais quand cela vous tombe dessus, vous êtes démuni. Quand ce jeune propriétaire achète un bien dans le XXe arrondissement de la capitale en mai 2024, il croit faire un investissement sur le long terme, raconte Le Figaro dans son enquête. Un bien de 38 m², un investissement de 290 000 euros et un emprunt sur plusieurs années. Jusque-là, rien d’anormal, d’autant que l’appartement est entièrement à refaire, donc avant de louer, le quadragénaire le remet à neuf.

S’il pensait passer par une agence traditionnelle au départ, il va avoir vent d’une autre possibilité : louer sur la conciergerie Checkmyguest. Sur son site, la plateforme le promet : «Confiez-nous vos biens immobiliers pour vous assurer la meilleure rentabilité.» Il s’agit en réalité d’un site de location de courte durée qui cible «les expatriés, qui viennent pour une durée limitée à Paris». Une aubaine, croit-il, d’autant que cela semble mieux rémunéré qu’une location traditionnelle. S’il assume qu’il voulait gagner un peu plus, il pensait que l’opération était sûre.

Une procédure d’expulsion… qui n’aboutit pas

D’autant que la plateforme lui proposait 1 900 euros (sur un loyer mensuel de 2 250 euros). De quoi rembourser son prêt de 1 700 euros, les charges et autres dépenses. Deux locataires se succèdent, avant que Checkmyguest lui en trouve un autre début 2024 pour une durée d’un an. Rentré dans les lieux le 30 avril 2024, il ne paiera plus son loyer un mois plus tard. S’il va rapidement lancer une procédure d’expulsion avec son avocate, le propriétaire va se rendre compte que le locataire a trafiqué son dossier pour postuler sur la plateforme.

Sauf qu’aujourd’hui, la situation est dans une impasse. Le squatteur doit plus de 40 000 euros de loyers et se trouve toujours dans les lieux sans avoir été expulsé. Le quadragénaire en veut aussi à Checkmyguest, comme en témoigne son avocate : «L’agence est tenue de vérifier la solvabilité des candidats, mais les vérifications minimales n’ont pas été réalisées, on retrouve des fiches de paie avec des dates de juillet à mars, des montants qui ne sont pas cohérents… C’était à la portée de tout le monde de voir que c’étaient des faux.»

Le propriétaire pourrait perdre son bien…

Malgré ses plaintes, ses demandes sont déboutées en justice, la dernière en date (mai 2025) n’ordonnant aucune expulsion ni remboursement de loyer. En cause ? «une irrégularité sur le bail». En effet, selon son avocate, Checkmyguest s’est désignée comme bailleur et non comme mandataire. L’avocat de la société assure que la société «n’a pas été mise en cause pour le moment» et que l’agence est «extrêmement sérieuse», évoquant même un «cas exceptionnel».

Selon l’avocat, il n’est pas du ressort de son client de faire expulser le squatteur mais du propriétaire. En attendant, cela fait presque deux ans que le propriétaire ne touche plus de loyer et doit rembourser plus de 1 700 euros par mois. Il craint d’être insolvable à terme : «Le jour où je n’arriverai plus à rembourser l’emprunt, l’appartement pourrait être saisi et mis aux enchères à 40% de sa valeur. Je devrai payer un crédit tout le reste de ma vie…»

>> Les prix de l'immobilier et loyers dans 100 villes de France (Indicateur Capital/Fnaim/Clameur)