
Créer sa microentreprise, anciennement appelée statut d’autoentrepreneur, se fait aujourd’hui en quelques clics. Avec sa comptabilité simplifiée et ses obligations allégées, ce régime attire massivement les freelances et indépendants. Selon l’Urssaf, les microentrepreneurs représentent désormais plus de la moitié des créations d’entreprises en France.
Mais derrière cette simplicité, certains indépendants découvrent parfois trop tard que leur statut leur coûte cher. Car en microentreprise, les cotisations sociales sont calculées directement sur le chiffre d’affaires encaissé, tandis que les dépenses professionnelles réelles ne peuvent pas être déduites. Pour certaines professions libérales en micro-BNC, les cotisations sociales atteignent désormais 25,6 % du chiffre d’affaires encaissé en 2026.
Le plafond n’est pas toujours le vrai problème
La distinction entre BIC (« bénéfices industriels et commerciaux ») et BNC (« bénéfices non commerciaux ») reste encore floue pour beaucoup d’indépendants. Les BIC concernent principalement les activités commerciales, artisanales ou de vente : restaurateurs, VTC, boutiques en ligne ou artisans. Les BNC regroupent surtout les professions libérales et activités intellectuelles comme les consultants, développeurs freelance ou coachs.
Le véritable piège apparaît lorsque les charges réelles deviennent importantes. « Le régime de la microentreprise peut devenir désavantageux fiscalement lorsque les charges réelles deviennent importantes : sous-traitance, publicité, déplacements, matériel ou logiciels », explique Virginia Lopes Gomes, juriste fiscaliste et auteure du guide fiscal des indépendantes " Le Guide de la Businesswoman".
Or, en microentreprise, l’administration fiscale applique uniquement un abattement forfaitaire : 34 % en micro-BNC, 50 % pour certaines prestations de services en micro-BIC et 71 % pour les activités de vente. Cet abattement est censé couvrir l’ensemble des frais professionnels, même lorsque les dépenses réelles sont bien supérieures.
La juriste fiscaliste prend l’exemple d’un consultant en micro-BNC réalisant 80 000 euros de chiffre d’affaires avec 32 000 euros de frais réels. Après environ 20 480 euros de cotisations sociales, il ne lui reste qu’environ 27 520 euros avant impôt sur le revenu. Pourtant, malgré un revenu réel bien inférieur, son impôt sera calculé sur une base de 52 800 euros, après application de l’abattement forfaitaire de 34 %.
Des charges impossibles à déduire
Concrètement, la microentreprise ne permet pas de déduire précisément les dépenses engagées pour l’activité. Impossible notamment de déduire pour leur montant réel les frais de déplacement, la sous-traitance, les loyers, logiciels, dépenses de publicité, matériel ou encore les amortissements.
À l’inverse, dans un régime réel BIC ou BNC, de nombreuses dépenses peuvent être déduites sous conditions : frais de déplacement, assurances professionnelles, frais comptables, formations, certains frais de véhicule ou encore quote-part du domicile utilisée pour l’activité.
« Les erreurs fréquentes sont de déduire des dépenses personnelles, dépasser certains plafonds ou ne pas conserver les justificatifs », souligne Virginia Lopes Gomes.
Pourquoi certains entrepreneurs basculent en société
Beaucoup d’indépendants pensent que le statut micro reste avantageux tant que les plafonds ne sont pas dépassés. Pourtant, ce n’est pas toujours le cas. En 2026, les plafonds restent fixés à 77 700 euros de chiffre d’affaires pour les prestations de services et professions libérales et 188 700 euros pour les activités de vente.
Mais dans certaines situations, le passage en société via une SASU ou une EURL peut devenir plus pertinent fiscalement. Une structure soumise à l’impôt sur les sociétés (IS) permet parfois de mieux maîtriser le résultat imposable, bénéficier de davantage de déductions ou encore conserver une partie de la trésorerie dans l’entreprise afin de financer son développement et ses investissements.
« Beaucoup d’entrepreneurs conservent un statut par habitude sans comparer leur situation avec d’autres régimes », observe la juriste fiscaliste. Avec parfois des conséquences lourdes : surcoût de cotisations sociales, impôt plus élevé, manque de trésorerie ou structure devenue inadaptée au développement de l’activité.



















