L’obligation d’entretien n’a rien d’un couperet à 18 ans. Dans un arrêt rendu le 4 mars 2026, la Cour de cassation rappelle qu’un enfant majeur qui ne peut subvenir à ses besoins peut demander à ses parents de continuer à financer ses frais d’éducation et de vie courante, même si une pension alimentaire est déjà versée pour ses frères et sœurs mineurs. « Le parent qui verse une pension en exécution d’un jugement ne peut pas cesser de payer automatiquement à 18 ans. Pour être déchargé, il doit saisir le juge aux affaires familiales », souligne Maître Benjamin Boulard, avocat à la Cour d’appel de Paris.


Cette décision, qui s’inscrit dans une jurisprudence constante, intéresse particulièrement les étudiants en master, écoles ou en insertion professionnelle précaire. Car un enfant majeur reste, selon les juges, présumé dans le besoin tant qu’il poursuit des études sérieuses ou qu’il cherche un emploi. Il peut alors saisir lui-même le juge aux affaires familiales (JAF) pour obtenir une fixation ou une revalorisation de la pension. Pour les parents débiteurs, l’enjeu est aussi fiscal : la pension versée à un majeur est déductible avec un plafond.

Les conditions pour obtenir ou prolonger une pension après 18 ans

« Pour un enfant majeur étudiant, la jurisprudence considère qu’il ne peut, en principe, subvenir seul à ses besoins », rappelle Maître Boulard. Toutefois, afin de bénéficier ou de maintenir une pension, il doit démontrer qu’il reste dans le besoin : poursuite d’un cursus réel et sérieux, assiduité, justificatifs de scolarité, absence de ressources stables. À l’inverse, un emploi durable, un salaire suffisant ou un abandon des études peut justifier la suppression de la contribution parentale.

Comment saisir le juge aux affaires familiales ?

L’enfant peut agir directement contre ses parents, ou le parent qui en assume la charge peut demander une contribution complémentaire. Le JAF apprécie les ressources de chacun et les besoins de l’étudiant. La démarche suppose de fournir des preuves : certificats de scolarité, résultats, justificatifs de ressources, recherche d’emploi… Une fois la pension fixée, c’est au parent débiteur de prouver que les conditions ont changé pour en demander la réduction ou la suppression.

Un dispositif avec un impact fiscal important

« En pratique, les parents peuvent donc être contraints civilement à verser une pension à un enfant majeur étudiant, et bénéficier corrélativement, sous réserve des plafonds, d’une déduction fiscale », note Maître Boulard. Ainsi, les sommes versées à un enfant majeur sont déductibles, dans la limite annuelle de 6 794 euros pour 2026. Les familles doivent aussi arbitrer entre cette déduction et le rattachement fiscal de l’enfant majeur, souvent plus intéressant seulement lorsque celui-ci dispose de faibles revenus.