
Depuis le début de l'année 2026, les marchés ont multiplié les soubresauts. Le CAC 40 est repassé sous les 8 000 points, avant de revenir à -2,6 % depuis le début de l'année. Sur la même période, TotalEnergies a pris plus de 40 %, se stabilisant ensuite autour de +38,5 % ; sans parler de l'or, qui a atteint un record à 5 500 dollars l'once, avant de corriger de plus de 10 %… puis de remonter. Pour les investisseurs particuliers, cette succession de hauts et de bas a de quoi dérouter, voire même effrayer.
Il est important de préciser qu'on parle ici purement d'actions, et pas d'une stratégie long terme d'accumulation ou de DCA sur un large ETF comme le MSCI World – dans laquelle la diversification protège et où il s'agit de continuer à accumuler, peu importe ce qui se passe, jusqu'à ce qu'on ait atteint notre horizon. Sur des actions, des métaux, voire même des cryptomonnaies, il arrive toujours un moment où l'on se demande : faut-il prendre ses bénéfices ? À quel moment couper ses pertes ? Afin d'éviter le pire scénario : vous faisiez +80 %, vous n'avez pas vendu, puis le titre décroche, jusqu'à -50 %, -60 % peut-être… Car, si on nous dit partout comment acheter, on parle peu de comment vendre.
La clé : réfléchir à la vente avant même l'achat
Andrea Tueni, expert marché chez Saxo, est catégorique : la difficulté de vendre ne vient pas du marché, mais de notre propre manque de préparation. « Le bon moment pour vendre n'est pas une date sur le calendrier, c'est un scénario que vous avez défini avant d'acheter. En bourse, le stress vient surtout de ce qu'on n'a pas planifié. Un plan clair réduit la peur bien plus qu'un indicateur technique. » Pour ne pas céder à la panique le jour où vos lignes décrochent, ni à l'euphorie quand elles s'envolent, il faut donc une stratégie.
La règle de base, selon Andrea Tueni, est de définir quatre paramètres pour chaque ligne au moment de l'achat : le prix d'entrée, l'objectif de vente en gain (par exemple +15 %), le seuil de coupure en perte (par exemple -10 %) et l'horizon de détention envisagé. « On ne maîtrise ni le marché ni le calendrier, mais on maîtrise toujours son prix d'entrée, son prix de sortie et son horizon de temps », résume l'expert de Saxo. Ce cadre est une sorte de garde-fou contre les décisions prises à chaud. Il faut donc le mettre en place avant d'acheter.
L'idée n'est pas de prédire le marché, mais de connaître à l'avance la réponse que vous donnerez à ses mouvements. Concrètement, si vous achetez une action 100 euros avec un objectif de gain à +20 % et un stop à -10 %, vous savez d'avance que vous vendrez à 120 euros ou à 90 euros, peu importe la suite. Cette discipline évite le scénario classique qui guette tout investisseur : voir une plus-value latente s'évaporer parce qu'on a attendu « encore un peu ». Sur les actifs les plus spéculatifs, comme les cryptos ou les petites capitalisations, ce piège revient encore plus souvent
Méfiance face aux adages comme « Sell in May »
Chaque début mai revient un adage boursier bien connu : il faudrait vendre ses positions en mai et revenir sur les marchés en automne, la période estivale étant historiquement plus calme. Mais la réalité est plus nuancée. Deutsche Bank a analysé l'indice Stoxx Europe 600, et montre que la stratégie « Sell in May » a sous-performé celle d'acheter et de conserver dans 25 années sur 39 testées. Seuls trois étés catastrophiques pour les marchés jouent en faveur du Sell in May : 1998, 2001 et 2002. Sans ces trois années, vendre en mai aurait été clairement perdant sur le long terme.
Mieux vaut donc ne pas jouer avec le feu, et garder sa propre stratégie en tête. Et comme le rappelle Andrea Tueni : « L'histoire des marchés montre une chose simple : rater quelques séances de rebond après une correction, c'est sacrifier une grande partie de la performance d'un cycle entier. »



















