Plus de 65% de hausse en 2025 pour l’or en dollars (plus de 45% en euros) et 147% pour l’argent en dollars. Les métaux précieux volent de records en records. L’or a dépassé 4600 dollars en ce début janvier (près de 4000 euros). Certains le voient s’envoler vers 5000 dollars l’once d’ici la fin de l’année.

L’argent, souvent qualifié d’«or du pauvre», flambe plus encore. En hausse de près de 25% depuis le début de l’année, il dépassait 90 dollars l’once, (78 euros) ce 14 janvier. Et pour cause la Chine a annoncé sa volonté d’en contrôler les exportations à l’instar des métaux industriels critiques à partir de ce premier janvier : «c’est 13% de l’offre d’argent au niveau mondial qui pourrait devenir inaccessible» souligne Christophe Dembik, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet AM.

Une configuration qui rappelle des précédents historiques. «L’or avait atteint un sommet de 850 dollars en janvier 1980, soit 3 500 dollars, une fois ajusté de l’inflation» souligne Nicolas Cracco, directeur général de Gold Avenue. Avant de perdre près de 45% de sa valeur en cinq ans. «Il aura fallu attendre 2025 pour que le record de l’or vieux de 45 ans, soit enfin dépassé en termes réels», admet Nicolas Cracco.

Valeur refuge

A présent, l’or retrouve son rôle de valeur refuge. «Les planètes sont alignées pour soutenir l’appétit pour les métaux précieux : tensions géopolitiques, dévaluation monétaire du dollar, intensification des achats des banques centrales», observe Romain Houet, gérant actions, responsable de la stratégie chez MCA Finance.

Si déjà la Chine se méfiait de la dette américaine, le gel des avoirs russes en dollars pour sanctionner l’invasion de l’Ukraine a agi comme un détonateur auprès des investisseurs asiatiques et des pays émergents. «Les banques centrales, acheteuses nettes depuis 2008 ont accéléré leurs achats», souligne Alexandre Carrier, gérant-analyste chez DNCA.

Diversification des portefeuilles financiers

Les investisseurs diversifient donc leurs actifs dans les métaux précieux jugés «solides». Et ce d’autant plus qu’après les records boursiers liés à l’IA, beaucoup craignent des retours de bâtons sur les actions, tandis que la politique monétaire américaine et les déficits croissants des Etats-Unis laissent planer une ombre sur la valeur du dollar que tous voient baisser encore cette année.

L’or représente aujourd’hui moins de 2,5% des investissements financiers, d’après une enquête de Bank of America auprès des gestionnaires de fonds de septembre 2025. Mais certains investisseurs conseillent d’en détenir près de 5% voire 15% à 20%. «C’est plus qu’un accès de fièvre mais un changement structurel majeur» renchérit Romain Houet qui conseille de détenir 5% de métaux précieux pour leur caractère «anti-fragile».

Argent : une dimension industrielle en plus

S’il ne remplit pas les coffres forts des banques centrales comme l’or, le métal gris a aussi pris toute sa place dans les portefeuilles des investisseurs. «L’argent combine une fonction de réserve de valeur et une utilité industrielle croissante, ce qui en fait un actif hybride particulièrement intéressant dans le cadre de la transition énergétique» souligne Benjamin Louvet, directeur des gestions matières premières d’OFI Invest AM. L’argent est de plus en plus utilisé dans les panneaux solaires et les véhicules pour sa qualité de conducteur d’électricité. En outre, la demande excède l’offre en raison du sous-investissement minier pour l’argent, comme pour le platine et le cuivre. «Il serait exagéré de tabler sur une réitération en 2026 des performances de l’or et l’argent en 2025» prévient Alexandre Carrier. Mais il constate néanmoins que «les facteurs structurels qui soutiennent la demande de métaux précieux demeurent».