
Une année 2025 en or pour les investisseurs ? C'est bien le métal jaune qui, en tous cas, domine le podium des actifs financiers les plus performants depuis janvier dernier, avec une progression de son cours de 57% en onze mois (après, déjà, une hausse de 35% en 2024 !). Mais les partisans des marchés actions n'ont pas été en reste non plus, avec des indices boursiers qui devraient largement finir dans le vert sur la plupart des grandes places mondiales, y compris en France, à l'heure où le CAC 40 aborde le mois de décembre en hausse de 9% depuis le 1er janvier.
Le seul passage à une nouvelle année peut-il bouleverser ces bonnes lancées ? Pour les investisseurs dits «institutionnels» (banques de détail ou privées, assureurs, sociétés de gestion…), il est déjà l'heure de regarder vers 2026. L'occasion de rappeler ce qu'ils avaient bien prédit ou mal anticipé, pour l'année qui s'achève, et de présenter leurs prévisions et convictions pour l'exercice à venir.
Marchés actions : une progression à l'unisson en 2025
En Bourse, il était presque difficile de se tromper. Les indices américains affichent des performances solides : +16,3% pour S&P 500 et +19,2% pour le Nasdaq. Mais l'Europe devrait finir au coude-à-coude avec une progression, pour l'heure, de 17,4% sur l'Euro Stoxx 50, qui regroupe les cinquante plus grandes entreprises du Vieux Continent. Une performance notamment tirée par le Dax allemand (+20%), l'Ibex espagnol (+43%) ou encore le Mib italien (+27%). Enfin, sur les marchés asiatiques, le Nikkei 225 au Japon progresse aussi de 28%, et le Shanghai composite de près de 20% à date.
Une progression à l'unisson toutefois à la merci d'un couac : l'éclatement, maintes fois annoncé, de la bulle de l'IA. Faut-il vraiment craindre un krach boursier à l’instar de l'explosion de la bulle internet en 2000 ? Pour l'heure, il est vrai que la taille de cette hypothétique «bulle» est conséquente : les actions des sociétés américaine (S&P 500) se négocient 23 fois plus cher que leurs bénéfices - voire 27 fois pour celles des sept mastodontes de la tech (Alphabet, Apple, Amazon, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla) - quand la moyenne historique est plutôt autour de 17 fois.
Spéculations sur une bulle spéculative
Toutefois, selon Alexandre Baradez, analyste marchés chez IG France, «on est encore loin des niveaux de valorisation atteints au plus fort de la bulle internet, avec des actions négociées 40 ou 50 fois plus chères que les bénéfices.» De même, pour Claudia Panseri, directrice des investissements chez UBS Wealth Management France : «La situation est différente de celle des années 2000. Les entreprises de l'époque étaient bien plus endettées, avec peu de trésorerie, contrairement aux 7 Magnifiques. L'environnement macroéconomique n'était pas non plus le même, on ne voit pas pour l'heure de ralentissement de la croissance aux Etats-Unis. Enfin, les entreprises du secteur de l'IA ne déçoivent pas en termes de résultats.»
Dernier exemple en date : Nvidia, qui a publié fin novembre une hausse de 70% de ses profits au troisième trimestre par rapport à il y a un an. Aussi, pour Raphaël Thuin, directeur des stratégies de marchés de capitaux chez Tikehau Capital : «Le secteur de la tech américaine reste incontournable, avec des entreprises de grande qualité, profitables, et qui devraient profiter à plein des méga-tendances qui accompagnent l'émergence de l'IA.» Ceci sans compter que la Bourse américaine pourrait aussi profiter des baisses de taux attendues du côté de Réserve fédérale (Fed), historiquement favorable aux actions : «Selon le consensus des marchés, on peut s'attendre à trois nouvelles baisses de taux de 0,25% en 2026», rappelle Jean-Patrice Prudhomme, directeur produits et solutions chez Milleis Banque Privée. «Le véritable risque sur les marchés américains se manifesterait plutôt en l'absence de ces baisses de taux», pointe Claudia Pansieri. Un scénario qui n'est pas à exclure si le marché de l'emploi ne souffre pas autant qu'anticipé.
Bourse : cap sur l'Europe ?
Toutefois, porter son regard au-delà de l'Atlantique ne sera pas l'unique option pour les investisseurs en Bourse. «Historiquement, le S&P 500 sous-performe toujours lors de deuxième année de mandat d'un Président» rappelle Bertrand Merveille, directeur général de BDL Capital management. Pour la société de gestion, «There is a good alternative», l'Europe, où le sentiment est plutôt positif : deux tiers des entreprises évoquent une amélioration de la situation économique. Les actions y sont aussi moins chères : «Jamais l'Euro Stoxx 600 n'a été aussi peu cher (14 fois les bénéfices) par rapport au S&P 500. Autrement dit, vous payez vos actions 35% moins chers en Europe, au regard des bénéfices», détaille Jean-Marc Melfieux, responsable de la gestion actions et flexibles chez Tikehau.
Dans cet environnement, plusieurs secteurs pourraient tirer leur épingle du jeu en Europe. «Celui des staples, c'est-à-dire des produits de consommation dits de "base" est par exemple peu cher», souligne Bertrand Merveille. Pour Raphaël Thuin, «Il est toujours judicieux d'investir dans le même sens que les Etats». En Europe, cela se traduirait par le fait de miser sur le secteur de la défense, ou des services aux collectivités (utilities), qui devraient profiter du stimulus budgétaire de l'Allemagne, à l'initiative d'un plan d'investissement de 500 milliards d'euros en infrastructures. Dernière piste : l'immobilier, «qui peut bénéficier de la reprise de la demande, et des baisses des taux de la Banque centrale européenne (BCE), s'ils agissent à la baisse sur le coût des crédits», ajoute Claudia Pansieri.
Obligations : des rendements fixes intéressants à verrouiller
Reste que pour se prémunir de toutes secousses en Bourse, mieux vaut se doter d'un portefeuille diversifié, également agrémenté d'obligations. De ce côté, l'année en cours a également été profitable, avec une performance, par exemple, de 6,1% pour les obligations d'Etat américaines (qui se négocient actuellement à un taux de 4,1% à 10 ans). En zone euro, les titres de dettes souveraines offrent aussi des coupons attractifs, avec un rendement de 3,5% à dix ans pour les obligations françaises, et 2,8% en Allemagne, au plus haut depuis deux ans. Pour Alexandre Caminade, directeur des gestions taux souverains, émergents et aggregate chez Ostrum AM, «la dette des pays émergents sera également une bonne candidate pour trouver du rendement, avec un rendement proche de 7%.»
Pour ce qui est du crédit, c'est-à-dire des obligations d'entreprises, il y aura sans doute un coup à jouer en Europe, de l'avis de plusieurs institutionnels. En particulier avec les obligations à «haut rendement» (en anglais high yield, 4,7% de performance cette année), c'est-à-dire plus risquées que celles notées «investment grade» (3,5% en 2025). En effet, des indices obligataires composés d'entreprises high yield européennes peuvent actuellement rapporter jusqu'à 5,70%, pour un taux défaut de 3,8%, soit en deçà, encore, du seuil critique des 4%, dépassé à l'occasion de grandes crises financières (2008, 2020).
Or : un rally inarrêtable vers de nouveaux sommets ?
Enfin, impossible de ne pas dire un mot sur l'or, qui, malgré déjà trois années exceptionnelles de rally (hausse), pourrait encore poursuivre sa course vers les sommets. En effet, si la Fed finissait par baisser ses taux directeurs en 2026, elle ferait encore reculer le cours du dollar (en baisse de 10% face à l'euro depuis le 1er janvier). Or, quand la valeur du billet vert diminue, les investisseurs ont davantage tendance à se tourner vers d'autres actifs refuges, comme l'or, dont le cours, par conséquent, grimpe.
En outre, les catalyseurs à plus long terme du cours de l'or sont également encourageants : «Les facteurs de soutien structurels demeurent : les capacités de production limitée de l'or, ses propriétés de couverture contre l'inflation et l'appétit constant des Banques centrales - en particulier des pays émergents - pour celui-ci, qu'elles voient comme la seule alternative au dollar américain. La Chine a par exemple autorisé récemment ses assureurs à détenir 5% de leurs réserves en or», relève Fabien Benchetrit, gérant d'actifs chez BNP Asset Management.
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