L'or a franchi les 5 000 dollars l'once en janvier 2026, atteignant un sommet historique à 5 595 dollars l'once le 29 janvier – poussé par la demande des banques centrales et un contexte géopolitique tendu. Deux mois plus tard, au plus fort de l'escalade au Moyen-Orient, le métal a perdu plus de 20 % par rapport à ce record, tombant sous les 4 300 dollars le 23 mars. Pour beaucoup d'épargnants qui avaient misé sur l'or comme bouclier, c'est alors la douche froide. Comment l'expliquer ?

En réalité, quand un conflit fait craindre une inflation durable, les marchés anticipent que les banques centrales vont relever leurs taux directeurs. Des taux plus élevés rendent les obligations plus attractives que l'or, qui, lui, ne verse ni dividende ni intérêt. En même temps, le dollar se renforce, ce qui pénalise l'or côté dans cette devise. Et les investisseurs qui avaient accumulé des positions longues ont été forcés de vendre leurs positions gagnantes pour couvrir leurs pertes ailleurs. Mais alors, que penser du réflexe « valeur refuge » dans le contexte actuel, très incertain ?

Pourquoi l'or était-il considéré comme valeur refuge ?

Historiquement, l'or apportait une vraie décorrélation aux portefeuilles – actions mondiales et obligations d'État. Sur les cinquante dernières années, il fait partie des rares classes d'actifs ayant affiché une corrélation positive avec l'inflation, et il a souvent permis d'amortir les chocs sur les marchés actions. Sa performance annualisée depuis les années 2000 tourne autour de 8 %. Pour autant, l'or ne verse aucun coupon ni dividende. Sa rentabilité dépend uniquement de la variation du cours, qui peut être violente dans les deux sens, comme on vient de le voir.

Mais si l'or résiste quand les marchés actions plongent, il ne monte pas non plus automatiquement. La mécanique est plus fine que ça. C'est aussi l'avis de Maxime Kugler, responsable de l'offre financière chez Altaprofits. « L'or n'est pas une garantie contre les crises, mais c'est un actif qui tend à contribuer à stabiliser un portefeuille en période de stress ». Stabiliser, pas protéger. Ce n'est pas la même chose.

La diversification, toujours un indispensable

Que conseille notre expert, alors ? « Je ne vois pas l'or comme un pari court terme en cas de crise, mais plutôt comme une poche de diversification. L'idée, c'est d'avoir un actif qui peut réagir différemment du reste du portefeuille », précise-t-il.

La règle communément admise par les conseillers patrimoniaux est ainsi de limiter l'allocation à 5 ou 10 % de son patrimoine total. Au-delà, on s'expose trop à la volatilité du métal et à son absence de rendement courant. Et après une hausse de 50 % en un an, le risque de prise de bénéfices reste élevé : une remontée des taux directeurs de la Fed rendrait mécaniquement les obligations d'État plus attractives que l'or.

Si vous souhaitez acheter de l'or, vous avez le choix entre l'or physique (pièces ou lingots) qui vous offre le côté tangible, « réel » du métal – mais impose de savoir où le garder, ce qui pourrait occasionner des frais de stockage, d'assurance, etc. Sinon, il y a « l'or papier », qui regroupe les ETC (trackers qui répliquent son cours) ou d'autres fonds adossés au métal, qui ont l'avantage de la simplicité.