Après la chute, le rebond. Hier, mercredi 9 avril, l'annonce par Donald Trump d'une suspension temporaire de ses tout nouveaux droits de douane a fait s'envoler les indices boursiers américains (+12,6% pour le Nasdaq, +9,5% pour le S&P 500 à la clôture). Un retournement spectaculaire qui a aussi emporté le CAC 40 ce jeudi 10 avril. Après avoir cédé 12,87% en une semaine - depuis l'annonce des tarifs douaniers, le 2 avril -, il a regagné aujourd'hui 3,83% à la clôture.

Aussi, les pertes enregistrées sur cette semaine sanglante sont loin d'avoir été effacées par la séance du jour. Mais y a-t-il un espoir que l'indice parisien retrouve rapidement son niveau d'avant krach, suite à ce nouveau revirement de Donald Trump ? «Certes, le pire scénario d’une guerre commerciale totale est évité pour l’instant, mais les perturbations sont là pour durer. Même si les droits de douane étaient suspendus de façon permanente, des dommages ont été infligés à l’économie à travers un sentiment durable d’imprévisibilité des politiques», note Alexandre Hezez, stratégiste du Groupe Banque Richelieu, dans son point macro et marchés du 10 avril.

Suite à la crise de 2011, le CAC 40 met deux ans à retrouver son niveau

Dans ce climat d'incertitude, difficile de se projeter sur le temps nécessaire pour revenir au zénith des 8 000 points (le CAC 40 clôture aujourd'hui à 7 148 points), mais un détour par les précédentes crises peut nous donner une indication. Pour Alexandre Hezez, «il faut distinguer les pics de volatilité, qui peuvent durer quelques jours ou semaines, suite auxquels on retourne au sommet rapidement, et à l'inverse les grandes crises financières, qui peuvent durer bien plus de temps».

Dans cette deuxième catégorie, on retrouve notamment le krach consécutif à l'annonce du premier confinement en France : le 12 mars 2020, le CAC 40 chute de 12,28%, la baisse journalière la plus forte de son histoire (à titre de comparaison, la séance la plus baissière de la semaine écoulée n'a enregistré un recul «que» de 4,78%). Pour retrouver son niveau de début 2020 (6 000 points), le CAC 40 avait mis tout pile un an, en passant de nouveau ce cap le 11 mars 2021. Dix ans plus tôt, durant l'été 2011, une autre tempête boursière survient, celle de la crise des dettes souveraines : entre le 1er juillet et le 22 septembre, l'indice parisien perd 30%. Il mettra un peu moins de deux ans à retrouver son niveau de 4 000 points, en mai 2013.

Le rebond va continuer de dépendre de la Bourse américaine

En cas de crise majeure, la remontée peut donc être bien plus longue que la descente, mais quels catalyseurs pourraient aider le CAC 40 à se remettre plus vite en selle ? Selon Antoine Andreani, responsable de la recherche chez XTB France, c'est, tout comme pour le rebond du jour, du côté des indices américains qu'il faudra guetter les signes d'un regain du CAC 40 : «Il va falloir des bonnes nouvelles de l'autre côté de l'Atlantique. Le CAC ne va pas avoir trop de personnalité durant cette période, il va être attiré comme un aimant par ce que dicte le S&P 500.»

Une corrélation entre les grands indices tout à fait logique pour Sandy Campart, enseignant chercheur à l'université de Caen : «Les marchés actions sont gouvernés par les perspectives économiques mondiales. Si le marché est baissier, il l'est pour tout le monde, et à l'inverse, quand les perspectives sont de nouveau optimistes, l'ensemble des indices se redressent.» Toutefois, il existe, selon le chercheur, des «différences sectorielles» qui peuvent les aider à repartir plus ou moins rapidement. Dans le CAC 40, c'est le luxe qui pèse le plus en termes de capitalisation boursière. Ce sont donc les perspectives de ce secteur face à la nouvelle donne dictée par les droits de douane qu'il faudra regarder de près pour évaluer la capacité de la Bourse de Paris à retrouver rapidement son plus haut.