Il est 9h33 à Washington, ce mercredi matin. Sur Truth Social, Donald Trump, fidèle à son ton désinvolte, publie un message laconique : «RESTEZ COOL», écrit-il en majuscules. Il promet : «Tout va bien se passer». En lisant ces mots, personne n’imagine encore que le président américain s’apprête à opérer l’un des virages les plus spectaculaires de son mandat. Après une semaine de tensions commerciales explosives, ponctuée par l’entrée en vigueur de nouvelles surtaxes aux allures de bras de fer mondial, l’Amérique et le reste de la planète s’apprêtent à vivre une journée surréaliste.

Récit de l'incroyable volte-face douanière de Donald Trump

Au petit matin, la ligne dure s’impose

Car au moment où il appelle ses concitoyens au calme, les nouvelles taxes douanières sont déjà là : en vigueur depuis quelques heures à peine. La Chine écope de hausses allant de 10% à plus de 100%, pendant que l’Europe, le Japon et la Corée du Sud voient leurs produits frappés à hauteur de 20%. Une semaine plus tôt, l’annonce de cette politique avait secoué les places financières mondiales et fait surgir le spectre d’un choc commercial planétaire. Les blagues circulent sur les réseaux : certaines îles habitées uniquement par des manchots sont, elles aussi, visées par des droits de douane. D’autres ironisent sur une formule mathématique absconse - en réalité assez simpliste - utilisée par la Maison Blanche pour justifier sa stratégie.

Un tweet, un tournant

Les marchés européens terminent la séance en baisse. A Wall Street, l’ouverture se fait dans l’incertitude. Puis, soudain, à 13h18, tout bascule : un nouveau message tombe sur Truth Social. Cette fois, Donald Trump annonce une «pause» de 90 jours pour les partenaires commerciaux des Etats-Unis. Les droits sont ramenés à 10% pour tous, sauf pour la Chine, dont les produits sont encore plus lourdement taxés, jusqu’à 125%, au nom d’un «manque de respect».

Une stratégie ou un aveu d’improvisation ?

L’effet sur les marchés est immédiat : la Bourse de New York s’envole. Les ministres et conseillers de Donald Trump, eux, s’activent pour maîtriser le récit. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent défend une ligne d’intention stratégique : «C'était sa stratégie depuis le début et on pourrait même dire qu'il a poussé la Chine à la faute.» D’autres saluent son «audace», ses instincts de négociateur, son sens du «deal». Mais en coulisses, l’image est plus nuancée. Lors d’un événement en hommage à des pilotes automobiles, le milliardaire confie avoir surveillé de près le marché obligataire, mis à mal par les récentes tensions. Il reconnaît que son offensive douanière «effrayait un peu» les investisseurs.

Dans le Bureau ovale, un tournant personnel

Quelques heures plus tard, assis dans le Bureau ovale, il signe une série de décrets - dont l’un, au parfum trivial mais fidèle à son style, vise à augmenter le débit des douches aux Etats-Unis, une vieille obsession présidentielle. C’est là, entre deux signatures, qu’il dévoile les coulisses de son revirement : «Cela a probablement été décidé tôt ce matin», confie-t-il. «Cela venait du cœur», ajoute-t-il, expliquant qu’il ne souhaite «pas faire de mal» aux pays qui n’ont pas riposté agressivement et qui sont prêts à négocier. A ses côtés, Howard Lutnick et Scott Bessent. Un absent de marque : Peter Navarro, le conseiller au Commerce connu pour sa ligne dure.

Donald Trump renverse ses propres dogmes

Face aux journalistes, Donald Trump justifie sa décision : «Il faut être flexible», déclare-t-il sans détour. Un propos qui tranche avec ses engagements passés, lorsqu’il promettait qu’il ne ferait «jamais» marche arrière et incitait les Américains à endurer le «médicament» amer des droits de douane. Mais le résultat est là : le président des Etats-Unis se félicite du bond spectaculaire des marchés. «Je ne savais pas que cela aurait un tel impact», glisse-t-il. Et pour cause : le Dow Jones termine la séance en hausse de 7,87%, du jamais-vu depuis 2008. Le Nasdaq s’envole de 12,16%, une performance inédite depuis 2001.

Un dernier conseil…

Un ultime message, posté plus tôt dans la journée sur Truth, résonne désormais avec ironie : «C'est le moment d'acheter !» Ceux qui ont suivi ce conseil du milliardaire républicain ont, effectivement, fait une excellente affaire. En l’espace de 24 heures, Donald Trump aura à la fois provoqué, désamorcé et capitalisé sur une crise qu’il a lui-même créée. Toutefois, plusieurs élus démocrates ont depuis émis des soupçons, estimant que le président américain avait peut-être, en encourageant à acheter des actions juste avant son revirement spectaculaire sur les droits de douane, illégalement manipulé les marchés. Affaire à suivre.